Mars 2018, colline de Ngoa Ekellé à Yaoundé, il est 19 heures ce dimanche. Une énième projection du film Black Panther est annoncée dans l’enceinte du Canal Olympia, nouvelle frontière des expériences en salle obscure au pays des Ecrans Noirs. Dans les rangs, de jeunes blacks parmi lesquels mes neveux (sinon je ne serais pas là) et quelques blancs. Mais aussi des jeunes filles à mèches aussi longues qu’importées, de celles qu’on appelle «panthères», justement !

Sur ces terres jadis farouches du campus de Ngoa Ekellé (littéralement la pierre suspendue devenue colline du savoir et des soutenances de mémoires), où l’on pouvait crier «zéro mort» ou «ton Bepc dépasse mon Bac», les temps ont donc changé. Le film des studios Marvel fait un carton chez ces cinéphiles, beaucoup trop jeunes pour se rappeler le mouvement Black Panther. Dans les années 1960, les violences raciales trustaient des débats avec Martin Luther King et Malcom X, combattant pour faire cesser la ségrégation aux Etats-Unis.

Plongés dans cette atmosphère particulière, deux auteurs dénommés Stan Lee et Jack Kirby créent un personnage black pour épauler les Quatre Fantastiques et Captain America. Ils rêvent de l’appeler Black Panther mais l’appellation est déjà prise. Alors, pour éviter les problèmes, ils lui donnent le nom de Black Leopard (prononcez liparde).

Avec la disparition du Black Panther Party en 1982, les auteurs auraient fini par récupérer cette appellation qui résonne partout de nos jours, désignant ce héros du Wakanda, nation africaine noire détenant une technologie avancée, censée tirer tout le continent des ténèbres. Pourquoi pas : c’est toujours plus sympa que les ajustements structurels.

Un fumet de pop corn chaud flotte généreusement au-dessus de Canal Olympia à Ngoa Ekellé. La jeunesse a fini par prendre place en salle. Le film va commencer. Mais une dernière pensée friponne fait de la résistance : et si le Black Panther Party revenait sur le devant de la scène, à cause de toutes les outrances de l’actuel président américain ?

Thierry Minko’o