Ce n’était pas la joie mardi dernier, devant cette séquence au ministère des Relations Extérieures. Là se trouvait, en tenue sombre et mine austère, une petite foule de gens triés sur le volet pour marquer d’une pierre blanche (on va tester la pierre kaki un de ces quatre) la célébration de la journée internationale de la Francophonie.

Une salle aux allures d’amphi, un grand écran sur lequel Michaëlle Jean la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a décliné l’inévitable thème de circonstance : La langue française, notre trait d’union pour agir. Pas mal du tout, surtout la promesse d’agir. Je vois aussi de jeunes gens en tenue de lycée, qui nous expliquent que le français ne représente aucun danger pour nos langues ancestrales. Soit.

Lejeune Mbella Mbella le ministre des Relations Extérieures n’est pas là, parti en Chine dans la suite du chef de l’Etat. D’ailleurs, voici déjà que le journal télé abrège le sujet Francophonie pour évoquer l’intégration des Chinois et la fièvre des cours de langue chinoise au Cameroun. Non mais ! C’est notre journée à nous les francophones ou bien ?

Mon sang ne fait qu’un tour, et c’est un tour de France évidemment ! Moi francophone, depuis que mes compatriotes d’expression anglaise insistent sur ce point, j’ai appris à me sentir si majoritaire que je vis mal ces quelques minutes de francophonie vite évacuées au journal d’Adèle Mbala Atangana. Nous francophones, pesons 83% de la population camerounaise, quand même ! Ça se respecte, un jour pareil !

Au lieu de quoi, un sentiment de marginalisation me chatouille. Moi francophone, marginalisé au Cameroun, c’est nouveau. Je sens monter une tentation revendicatrice. Peter Mafany Musonge et sa Commission nationale pour la promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme  devraient pouvoir gérer mon cas.

  • Bonjour, good morning. Que pouvons-nous faire for you?
  • Je viens me plaindre : À quoi ça sert la majorité si on doit se sentir marginalisé pendant la journée de la Francophonie ?
  • Vous exagérez, my fellow countryman
  • Quoi ? J’exagère ? Mais je revendique mon droit à l’exagération, môssieur ! Je suis un vrai Camerounais, ou bien c’est comment !

Je me retrouve face à une chaîne de télé française, et là-bas ce n’est pas mieux. Emmanuel Macron a beau dire que le français pourrait passer de cinquième à troisième langue la plus parlée au monde,  la journée de la Francophonie en France se fait voler la vedette par la garde à vue de l’ancien président Nicolas Sarkozy. Dessoupçons de financement de campagne par des Libyens qui n’ont même pas lu les Fables de Lafontaine !

Décidément, cette journée de la Francophonie me laisse une étrange impression. Je décide de la terminer sur cette pirouette kamero-francophone : Quelqu’un est là sa part vient seulement le trouver ; mieux on quitte sur les problèmes.

 

Thierry Minko’o