Qui est réellement cet homme annoncé en fuite, puis appréhendé, puis exfiltré ce lundi 19 mars 2018 ? C’est le Docteur (nous sommes peut-être les derniers à l’appeler encore ainsi) Basile Atangana Kouna, BAK pour les proches, qui ont dû s’alarmer depuis quelques jours des interdictions de sortie du triangle national.

En quittant le maroquin de ministre de l’Eau et de l’Énergie le 2 mars dernier, cet homme de 61 ans connu pour son look méticuleusement classe et une fausse nonchalance qui lui valut le surnom de Mademoiselle, est sorti du club des Excellences, pour rentrer dans la rubrique Faits Divers.

Le natif de Mbalelon-Ngoumou dans la région du Centre-Cameroun a pourtant passé six ans et demi comme ministre de l’Eau et de l’Énergie. Au moment où il cède son fauteuil à Gaston Eloundou Essomba, avaient lieu les discussions sur le renouvellement anticipé de la concession d’Eneo l’opérateur de distribution de l’électricité ; et la société Camwater avait retrouvé les compétences pour la distribution de l’eau potable au Cameroun.

Mais une destinée, quelle qu’elle soit, peut se fracasser en peu de temps sur les récifs et les flots imprévisibles du Renouveau. Tant pis pour les probantes études secondaires au lycée de Bertoua  puis à l’Université de Yaoundé où une Licence en droit précède un doctorat en droit à Paris II, avant un diplôme de spécialiste de l’Institut international d’administration publique de Paris (IIAP).

PARCOURS

Tant pis aussi pour ce début de carrière prometteur en 1986 comme Chef Service des Affaires Administratives et Juridiques à la Direction Générale des Recherches extérieures. En fait, cette étape sera marquante dans la trajectoire du haut fonctionnaire. Le renseignement confère réseaux et influence, il permet aussi de colmater ou de créer des fuites d’informations précises pour aider ou pour porter le fer face à des adversaires politiques.

Basile Atangana Kouna sera chargé d’études à la Direction des Affaires Législatives et Réglementaire des services du  Premier Ministre, Directeur des Affaires administratives et des requêtes au secrétariat général des Services du Premier Ministre, Président de la commission ministérielle des Marchés du ministère de l’Agriculture, administrateur de l’Autorité aéronautique, administrateur provisoire de la défunte Société nationale des eaux du Cameroun (SNEC) et directeur général de la Cameroon water utilities (Camwater), où il trônera de 2006 à 2012.

C’est au cours de cette période que le groupe ICI Cameroun a souvent croisé le chemin du DG, pour des publications diverses ayant trait aux efforts de la structure pour doter les collectivités territoriales du Cameroun de forages d’eau potable. Rien de particulier ne sautait aux yeux lorsqu’on échangeait avec le manager chevronné, Chevalier, Officier et Commandeur de l’Ordre national de la Valeur. Rien, excepté un désir assumé de savoir ce que la presse et le nollywood politico-administratif dans l’ensemble pouvaient penser de lui.

Ce directeur général, un temps ministre cumulard, avait donc de la fuite dans les idées. Toujours à la traque sinon à l’affût d’une info sur lui, qui pouvait malencontreusement traîner en haut lieu.

Est-ce ainsi que les récents événements se sont goupillés ? Nous n’allons certainement pas tarder à le savoir.

Thierry Minko’o

Photo JPK / ICI