Cette jeune femme veut devenir à 28 ans l’une des plus grandes bloggeuses modeuses du monde grâce au tissu-pagne. Elle vient de créer sa marque et son propre site de vente en ligne de vêtements.

Avec enthousiasme elle parle de son blog, dont l’histoire part d’une envie de créer un espace pour motiver les personnes désireuses perdre du poids ; elle-même déjà qui n’aimait pas son physique et ses rondeurs africaines se demandait toujours pourquoi Dieu a créé des gens gros et des gens minces. D’où le nom de son blog en anglais «The only skinny bish». Habituée aux rencontres virtuelles avec les nombreux followers qui chaque jour s’intéressent à ses activités, cette jeune bloggeuse est désormais chevillée au téléphone portable, parce qu’il faut maintenir son blog animé en permanence.

Activité improbable il y a quelques années aux yeux de son diplomate de père, qui destinait sa fille à la médecine. Elle voit le jour au Gabon, se retrouve aux USA à deux ans, et découvre le Cameroun à l’âge de huit ans, pour y suivre ses études à Bamenda jusqu’à l’obtention du GCE A-Level (équivalent du bacc) option science. Envol pour le Canada où, malgré les pressions familiales, elle abandonne les études de médecine pour se tourner vers sa véritable passion : la mode. Patatras ! Papa se retrouve en fauteuil roulant suite à un grave accident de la circulation. À cause du coût élevé des soins, voilà Brenda privée de ressources, et menacée de situation irrégulière avec rapatriement parce qu’elle a perdu le statut d’étudiante. Armée de courage, de jovialité et d’inventivité, elle s’accroche à la mode et commence à mettre en ligne ses tenues personnelles, toutes faites de pagne africain. Les gens commencent à acheter ; un bonheur ne venant jamais seul, elle recevra une lettre des services de l’immigration, lui notifiant son visa de résident permanent.

Réceptionniste mannequin

Pour joindre les deux bouts, Brenda décroche un emploi à l’ambassade du Cameroun au Canada, comme…réceptionniste. «Les gens s’imaginaient que j’occupais un grand poste, évoque-t-elle avec amusement. Même l’ambassadeur me disait souvent ‘this place is so small for you’». Mais elle entretient toujours son blog, avec chaque weekend des séances photos dans des tenues toutes originales qu’elle met en ligne. Les internautes en veulent davantage, et le nombre de followers enfle comme celui des commandes. Un choix radical s’impose : Brenda démissionne de son boulot de réceptionniste, ce qui ne surprend d’ailleurs pas le staff. Désormais, elle peut vivre à fond sa passion.

Repérée sur Internet par une styliste, elle s’essaye au mannequinat. Ses photos belles et rondes font grand écho, et d’autres stylistes la sollicitent. Simple modèle au départ, sa notoriété sur les réseaux sociaux va croître, et la pousser à se présenter au concours Miss Canada Afrique : quatrième dauphine pour sa première participation. Son objectif dans ce concours étant de rencontrer de nouvelles personnes dans le monde de la mode, elle sera invitée à la Fashion African Weeks de Toronto, où de nombreux autres stylistes lui proposent de devenir leur modèle. Ce qu’elle faisait jusque-là juste pour le fun, commence à devenir plus sérieux ; ses services sont désormais payants, et pour un départ chaque tenue qu’elle porte rapporte quarante dollars. Les défilés pour les créateurs s’enchainent : African Weeks of Los Angeles, African Fashion Industry Awards, Black Canadian Awards… Et un beau jour Brenda tape dans l’œil de la fondatrice de Zuvaa (version africaine d’Ebay en France), site de vente en ligne de vêtements, qui commence à la suivre et s’intéresse à ce qu’elle fait. Devenue l’égérie de Zuvaa, elle lui attire de nouveaux clients, devenus accros du pagne africain en Occident.

Soucieuse de promouvoir sa propre marque, Brenda Chuikam prend une parenthèse pour peaufiner son business plan, qui lui vaudra le prix du meilleur projet au salon de l’entreprenariat à Montréal. Enfin, elle peut lancer son projet, baptisé Melapteh, qui signifie en langue Bagangté «je vous remercie». Melapteh sera bientôt ouvert public, avec pour particularité de donner des cours et des conseils aux gens qui veulent se lancer dans la vente en ligne des produits de la mode. Brenda justifie ce choix : «Je me suis rendue compte que les jeunes sont créatifs, mais très peu savent mettre en avant et en valeur leurs produits». Puis, d’un coup de gueule énergique, la brave dame définit son horizon : «Ma cible n’est pas l’Afrique, mais l’Occident : mon rêve c’est voir le pagne envahir le monde de la mode».

Sandrine ZOBO

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