Madame l’Inspecteur national de pédagogie pour l’enseignement du français refait parler d’elle grâce à la sortie du recueil de poèmes Au cœur de la vie. Occasion de faire une halte pour (re) découvrir l’œuvre aussi sensible qu’engagée.

Visiblement, c’est à une fréquence de deux ans que tombent dans les étagères les publications de Sophie Françoise Bapambe Yap Libock ces dernières saisons. Après les millésimes de 2010 et 2012, l’auteur a remis ça en 2014 avec le recueil de poèmes Au cœur de la vie. Tout ça pour dire que « la grandeur de l’humain n’est pas dans l’apparence, elle est enfouie dans des esprits dont les bruissements environnants camouflent souvent l’inexprimable lucidité ».

Voilà un auteur plutôt du genre « sacrée cliente » : DEA en langue française obtenu à l’Université de Yaoundé, actuellement Inspecteur national de pédagogie pour l’enseignement du français. D’ailleurs elle a également signé trois manuels scolaires : La langue française au second cycle, pour les classes de Seconde Première et Terminale.

Cette fille d’un administrateur civil jadis délégué général à la Sûreté Nationale, passée par le Lycée Général Leclerc où elle obtient le baccalauréat et par l’Ecole normale supérieure de Yaoundé, a l’écriture dans la peau malgré ses très pesantes sollicitations de haut fonctionnaire de l’éducation nationale. Sans oublier sa casquette d’épouse et de maman.

Voyageuse dans l’âme, elle aime donc l’évasion par plume interposée. Sophie Françoise Bapambe Yap Libock trouve le temps d’écrire entre deux dossiers au bureau ou entre deux travaux domestiques sous l’œil de ses deux grandes filles Kitona et Kisingue.

Dans ses tiroirs s’empilent même quelques projets littéraires comme le roman La Sonnette d’alarme – à paraître bientôt elle l’espère – ou encore à cet autre manuscrit qui a pour titre Des Valeurs qui se perdent

En bonne enseignante imprégnée de la nécessité d’évaluer le chemin parcouru, l’auteur contemple avec les lecteurs d’ICI les quatre premières grandes saisons de sa production, qui semble avoir de belles années devant elle.

 

Le trouble en héritage (Roman, CLE, 2007, 161 pages)

C’est son premier roman, dans lequel elle dissèque la question du veuvage sous une forme originale mêlant prose, poésie et théâtre. Probablement l’effet d’une première expérience, qui pousse nombre de jeunes auteurs à charger la mule. Ou presque. «Je fais un mélange des genres sans ne prétendre inventer un style d’écriture, j’écris comme les choses me viennent. On peut passer en une seule journée des pleurs aux chants, dans la vie il y a de la poésie et du théâtre, cela se traduit dans mes romans», nous confiait-elle au sujet de ce melting-pot surprenant et néanmoins exquis.

Le dévoilement du silence (Roman, L’Harmattan, 2010, 148 pages)

C’est l’histoire de Glory, enfant-servante «achetée» à la frontière Cameroun-Nigeria pour s’occuper des rejetons d’une famille inconnue. Un récit inspiré de faits réels mais romancé afin de mieux faire passer la pilule bien amère de cette réalité sociale. Et pourtant, le décor est planté dans les premières lignes avec cette prose paisible : « Dans une concession, un après-midi de pluie, aux environs de seize heures, un vendredi, un homme est assis sur une terrasse. C’est une grande maison, dans une clôture au portail toujours ouvert. Même la nuit ».

Les couloirs du bonheur (Roman, L’Harmattan, 2012, 159 pages)

Cette œuvre dédiée « à tous ceux qui préservent les valeurs authentiques de l’Afrique centrale » pose la question du retour pour ceux qui quittent leurs bases. Ici, en l’occurrence, l’orphelin Maximilien qui déserte la maison familiale pour se rapprocher de son école. Chez son oncle maternel, il est maltraité mais tient le choc par amour des études. Et voici qu’il se lie d’amitié avec Mayiha, un jeune analphabète choyé par sa grand-mère.

Au cœur de la vie (Poèmes, CLE, 2014, 79 pages)

De la poésie, enfin ! Il était temps que Sophie Françoise Bapambe Yap Libock tire au clair cette tentation qu’on a senti affleurer à la surface de ses premières escarmouches littéraires en 2007. C’est une poésie généreuse et aérée qui veut se laisser consommer, au point d’user de caractères gras pour qu’on soit certains de bien voir. On aime la nostalgie de « Je me souviens», les clins d’œil ironiques de « Un repas chez le roi » et les rebondissements de « Imboglio ».

 

Texte : Thierry Minko’o

Photos : Jean Pierre Kepseu