MIDA. Quatre lettres pour mille et une coulées de salive dans les chaumières du Cameroun. Et pour cause, la Mission d’Intégration et de Développement pour l’Afrique (MIDA) proposait formations, recrutements et financements de projets : il suffisait paraît-il de verser  12 500 FCFA de frais d’adhésion pour gagner 70.000 F CFA en quinze jours. Mais un communiqué du gouvernement a mis fin à la drôle d’affaire, alors que l’ONG avait collecté plusieurs milliards de francs CFA.

Récapitulons : dans un pays où le taux d’alphabétisation des jeunes flirte avec les 80%, on peut s’interroger sur la facilité avec laquelle a pu prospérer ce montage financier inspiré de la pyramide de Ponzi (rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants). Comme quoi, il ne sert pas à grand-chose d’aller à l’école et devenir diplômé quand on rêve essentiellement d’enrichissement facile.

Dans un passé pas si lointain, une ONG dénommée Famm Cameroon s’était déjà illustrée dans ce type d’activité frauduleuse dans le domaine présumé de la sécurité sociale, jusqu’à ce qu’une plainte stoppe les exactions de la bande à dame Bridget Amvela. Laquelle quitta librement le pays, comme si de rien n’était.

Avec la MIDA (à ne pas confondre avec votre MILDA, moustiquaire imprégnée à longue durée d’action) l’alerte n’est pas venue de l’un des douze mille souscripteurs mais d’un article de presse, qui a mis la puce à l’oreille des autorités camerounaises. Ces dernières, pour une fois, ont réagi promptement alors même qu’elles avaient accordé à l’ONG MIDA toutes les autorisations pour fonctionner. Allez comprendre.

Mais ce n’est pas tout. Dans les codes de la communication sociale au Cameroun, une décision du gouvernement expliquée par le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary, contient généralement des indices de gravité. Passer sans scandale ni dénonciation, de l’autorisation d’exercer à l’interdiction des activités de cette ONG, à l’interpellation de ses dirigeants, et à une fouille des locaux par une équipe mixte de la police et de la gendarmerie pour saisir des documents et une «importante somme d’argent en liquide», cela relève, a-t-on appris de certaines sources, de la raison d’Etat sur fond de menace irrédentiste soutenue par des forces extérieures. D’où la décision de rembourser les jeunes souscripteurs dont beaucoup n’ont pas de reçus permettant de justifier les sommes revendiquées ! Un casse-tête.

L’opinion, elle, n’a pas attendu pour exprimer son malaise, rappelant qu’il y a deux mois, la police a violemment dispersé à Yaoundé une manifestation de deux cents enseignants qui réclamaient le paiement de plusieurs arriérés de salaires, ainsi que les logements. Car depuis 1998, le statut particulier des enseignants n’a toujours pas fait l’objet d’un décret d’application…

Une chose est sûre : on ne nous dit pas tout ! D’un côté ce n’est peut-être pas si mal en ces temps où les documents ont eu tendance à fuiter du sommet de l’Etat pour s’éparpiller sur les réseaux sociaux. Mais de l’autre, en réfléchissant sur cette affaire de souscripteurs à rembourser rapidement, on déterre un faisceau d’interrogations sur la conduite des affaires publiques dans notre pays. De quoi avoir mal au crâne.

Thierry Minko’o