«Que koah ?! Ma go vient chez moi en payant le taxi de 250, elle veut rentrer le matin avec 5 000F ? Je suis déjà la MIDA ? Je retourne au labo. (Ou alors) Venez me taper, je suis au quartier».

Vous avez certainement déjà reçu ce genre de post sur votre smartphone. Le texte est souvent en gras (car l’auteur est hyper fier de sa trouvaille), et là, il y a des émoticônes rieurs ou marathoniens, vous savez, l’émoticône du gars qui s’enfuit de droite à gauche dans le sens contraire de la lecture – allez savoir.

Ainsi virevoltent ces blagues devenues virales sur nos réseaux sociaux, où des claviers anonymes balancent des vannes pas toujours inspirées car régulièrement sexistes, mais dont la chute un brin lucide introduit ici la question à cent gigas: et si l’humour-whatsapp était finalement un gadget artisanal essentiellement perfectible, accessible à tous ?

Moi, ça m’a donné envie de prendre le topo au sérieux. Franchement, par les temps qui courent (comme les émoticônes, c’est marrant) les enjeux sont considérables. L’humour potache de whatsapp et compagnie apparaît comme le trou de serrure par lequel le sociologue peut carrément lorgner l’intimité de la pensée nationale. Ça vaut le coup, vous ne trouvez pas ?

Mais je ne vais pas vous ennuyer avec tout ça.  Là, je pense à la génération avant nous, qui lisait 100 Blagues, écoutait Kouokam Narcisse, Essindi Mindja ou Jean Miché Kankan. Puis nous avons plongé dans l’humour connecté en passant par la case Robert Mugabé, du nom de cet ancien chef d’Etat zimbabwéen qui défia l’Occident et son mariage pour tous, entre autres. On a attribué au vieux Comrade Bob des aphorismes piquants du genre : «Si un homme marié se sent attiré par les filles d’école, qu’il achète un uniforme d’école à sa femme et son problème est résolu».

Pourtant, un personnage est resté incontournable : Toto. Demandez à nos amis de Cameroon Tribune. Présenté sous de nombreux traits de caractères (mauvais garnement, cancre impertinent, jeune adulte imprévisible souvent à l’école ou à la maison) Toto est la tête à claques préférée de la culture populaire francophone. Car c’est en 1892 que le Français Émile Durafour publie Les Farces de Toto : folie-vaudeville en 1 acte. Pas la peine de chercher après Toto hors du contexte francophone : son équivalent en Amérique du Nord est Johnny (j’ignore si Johnny Hallyday le savait).  Au Mexique c’est Pepito. En Estonie c’est Juku. En Serbie Monténégro c’est Périca (qui signifie étrangement petit frère en argot kamer). En Russie c’est Vovotchka, diminutif de Vladimir. J’ignore si le président Poutine le sait. En tout cas je retourne au labo, venez me taper.

Thierry Minko’o