«La volonté d’un homme, l’adhésion d’un peuple». «Le Cameroun sera prêt… Le jour dit».  Je regardais l’autre jour ces grandes affiches collées sur la passerelle d’acier qui enjambe le carrefour du Palais des Congrès de Yaoundé, lorsqu’un conducteur de moto, voulant dépasser sur la droite, se mit à abreuver d’insultes notre chauffeur de taxi.

Vampire comme ça ! criait le bendskineur. Tu ne vas pas boire mon sang ! (Et encore je vous épargne les injures les plus chatoyantes du grossier personnage à deux roues).

Histoire d’adoucir les mœurs (je présume) le chauffeur de taxi met un peu de musique. A l’arrière de ce véhicule vieillot, vous me verriez coincé  près du baffle qui déverse des torrents acides de chansons made in Trace Africa (Arafat, Fabregas alias E Ya Mado). Je sollicite une audience pressante avec la nuque du chauffeur de taxi, à qui je demande s’il est possible, s’il vous plaît, pour l’amour du ciel tout ça, de baisser le son de la fiesta.

Mon ami, rétorque-t-il, ça ne joue pas fort.

Je renvoie : Il fait chaud, nous sommes assis près des baffles. C’est très pénible.

Il répond: Mon frère ! Venez toujours imposer les choses aux gens avec le gros français. Moi-même j’ai fréquenté. J’ai fait ma part de droit à Soa. Pourquoi c’est toi seul que ça dérange ? Si tu veux, pardon, achète ta part de voiture.

Ni une ni deux je suis descendu de ce véhicule bourré d’articles du code civil. Et lorsque le soleil a recommencé à me taper sur le système, un réflexe inexplicable m’a fait penser aux autorités de ce pays. «Le Cameroun sera prêt… Le jour dit».

Ces autorités n’ont-elles pas donné aux taxis vétustes un délai pour se mettre aux normes de propreté dignes d’accueillir la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) en 2019 ? Le délégué régional du ministère des Transports a même évalué que  90% des taxis de Yaoundé étaient dans un état de délabrement réel.

A mon avis, on devrait aussi s’intéresser à l’état d’énervement de ces gens. Songez à un supporter tunisien, malgache ou sénégalais, à qui le premier chauffeur ou voisin de buvette adresserait un vibrant «Ta mère !» Nous, on a fini par s’habituer à cet énervement perpétuel, car à vrai dire on a dû tomber dedans étant petits, comme Obélix. Je vois d’ici les vendeuses de tickets au stade ou dans les agences de voyages, en train de gronder les braves gens qui les empêchent de parler au téléphone avec leurs bouches attachées qu’on connaît bien là.

Je vois les policiers placés aux carrefours en train de bloquer la circulation parce qu’un quidam refuse de donner ses papiers, des bagagistes nés sous le signe du taureau maraudeur, des passants à qui vous demandez une adresse et qui lorgnent votre montre, des commentateurs de foot qui hurlent dans les studios radios et télés parce que le président de la CAF a menacé de confier l’épreuve au Maroc, et que maintenant le Cameroun va devoir accueillir non pas seize délégations mais vingt-quatre !

Maintenant, je commence à comprendre pourquoi on n’a pas osé accueillir la CAN depuis les fureurs contenues de 1972. D’ailleurs Samuel Eto’o Fils a renoncé à y participer sur la pelouse, des fois qu’il serait encore tenté de donner un coup de tête à quelqu’un.

Thierry Minko’o