L’heure est grave. Avec les risques d’escalade dans la partie anglophone du pays, la controverse autour de l’ambassadeur américain à Yaoundé, entre chefs du canton Bell et communauté bassa concernant la stèle dédiée au nationaliste Ruben Um Nyobe, je me suis réfugié devant les débats télés pour tenter de comprendre tout ça (allez donc lire un livre bourré de dates préhistoriques dans un moment où vous pouvez paniquer pour votre pays !)

A la télé de chez nous, les invités sont très calés la plupart du temps. Ils parviennent à avoir un avis sur tout, qu’il s’agisse du futur coach des Lions ou de la sexualité des moustiques nerveux de New Bell. Attention, je ne vais pas suggérer que nos panélistes télévisuels font exprès de jouer les sabitou puisque les médias sont généralement paresseux de contacter de vrais spécialistes, qui eux-mêmes fuient souvent la lumière des caméras, ce qui nous plonge dans un cercle vicieux (là je viens de faire une longue phrase de sabitou).

Ainsi, ma première technique pour gober ces longs échanges cathodiques a été de me dire : comme c’est l’ignorance qui peut embraser un pays, vaut mieux encore écouter des sabitou poudrés comme des fesses de bébé, plutôt que les méchantes rumeurs du sous-quartier. Ensuite, j’ai pensé aux parents de ces braves intellos ; ces parents qui se sont donné un mal fou pour les envoyer à l’école – ou pas ! Une fois que j’ai réussi à me mettre à la place de leur maman, j’ai trouvé passionnants et mignons ces chers sachants que j’ai admirés des heures durant. Sacrée performance !

Toutefois, si l’un d’eux développait une opinion qui ne me disait rien, j’ai fixé son nœud de cravate ou son nez, sa dentition, son rouge à lèvres ou sa calvitie naissante ; et j’ai considéré ça comme une page de pub perso. Ce qui m’a aidé à me re-concentrer sur la suite. Vous devriez essayer, ça  marche.

Enfin, je me suis dit qu’il n’y a pas de raison que, dès le 14 juin, je passe des journées entières à regarder des matches d’une Coupe du monde sans Cameroun, si je ne suis pas foutu de tenir devant quelques heures de débats concernant l’avenir de ce même Cameroun. D’ailleurs, un immense penseur de notre époque dénommé Ngoye Jecca a chanté : «Écoutez la radio, lisez la presse, regardez la télé, surtout les débats (là c’est moi qui bourre les urnes) et c’est comme ça que vous serez informés».

Au bout du bout, j’ai quand même décidé de lire des livres, quitte à ce qu’on me traite plus tard de sabitou

Thierry Minko’o