Cette chronique  sera comme la kola. Je vous aurai prévenus. Un peu amère au début, puis faussement sucrée vers la fin. Pourquoi ? Parce que cette semaine nous fêtons l’Unité nationale (ça tombe un dimanche, signe que Dieu aime le Cameroun – chacun croit ce qu’il veut) et la capitale n’a pas échappé à son grand classique de circonstance : fortes pluies suivies de bouchons monstres et, bien entendu, routes barrées pour cause de répétitions du défilé.

Si on me demande à quoi renvoie le 20 mai, franchement, je penserai d’abord aux routes barrées. C’est comme ça. Mais ma bouche dira «oui euh c’est en souvenir du référendum du 20 mai 1972 pour euh une république indivisible». Tu parles d’un fayot ! Pareil : quand on me demande de décrire les gens de Yaoundé, je vois  toujours de braves gens prêts à râler pour cause de… routes barrées. «Euh les gens de Yaoundé? Ils sont comme les bureaux de poste : ouverts le temps qu’il faut, fermés dès que possible». Je ne suis pas là pour me plaindre, mais n’en déplaise aux vendeurs de cartes postales, de ma modeste position  je ne perçois pas de symbole dans la capitale camerounaise autour duquel les gens diraient vraiment «on est ensemble», si ce n’est… les routes barrées. Que ce soient les sorties du chef de l’Etat, les sommets divers, les préparatifs puis le défilé du 20 mai, les tours de ville des Lions Indomptables, Promote ou Ya Fé, le dénominateur commun reste ces hommes en uniforme interdisant le passage d’artères importantes. Les routes barrées, quoi…

Maintenant que j’ai dit ça, je vous vois fouiller dans vos têtes pour me contredire. Le monument de la Réunification ? Le palais de l’Unité ? La poste centrale ? Le stade Omnisport ? Pourquoi pas le ministère du soya pendant qu’on y est ! Oh je sais, vous vous dites qu’avec la crise dans les régions anglophones, le symbole des routes barrées aurait été bien trouvé pour dire que le pouvoir de Yaoundé bloque les choses à divers niveaux. Même si on va sur ce terrain, on notera que le propre d’une route barrée est qu’elle l’est souvent pour  travaux, ceci pour un temps. Les routes barrées finissent donc toujours par s’ouvrir. CQFD. Tout ça pour dire aux habitants de Yaoundé qu’ils vivent les désagréments liés au voisinage des institutions. Les Parisiens par exemple font avec la célébrité de leur cité qui, rien qu’en 2017, a vu passer mille films et séries, totalisant quatre mille cinq cents jours de tournage. Imaginez les routes barrées… Au rang des désagréments cependant, les habitants des «petites» villes du Cameroun gèrent des mois de coupure d’électricité. Il est vrai que là-bas personne ne barre les routes car souvent il n’y en a pas.

Nous méditerons là-dessus «en tapant à pied» sur nos routes barrées. Bonne fête de l’Unité nationale à tous.

 

Thierry Minko’o