Ce vendredi 8 juin 2018, nous fêtons le 28e anniversaire du coup de tête victorieux de François Omam-Biyik à Milan contre l’Argentine de Diego Maradona – selon la formule consacrée. Cela valut aux Lions Indomptables d’être la première équipe africaine à battre un champion du monde sortant et à remporter un match d’ouverture de la compétition suprême en infériorité numérique. «Ce n’était pas le plus beau but de la tête dans ma carrière, mais c’était le plus important», a commenté le scoreur-kangourou plusieurs années après. La bande à Roger Milla entrerait un peu plus dans l’histoire ces jours-là en propulsant le continent noir en quart de finale face aux Anglais, match que François Omam-Biyik devait éclabousser de son talent made in Pouma (pas l’équipementier, la ville).

Vous vous demandez pourquoi je ramène maintenant ces archives de 28 ans, quand on pouvait patienter pour en parler au 30e anniversaire ou même au 60e. C’est que voilà, avec les agressions dans mon quartier, on n’est plus surs de rien là dehors ; et de toute façon au 60e anniversaire en 2050 on serait devenus vieux et chauves. Chauves comme Zinedine Zidane.

Justement, Zidane ! Avec son coup d’éclat à la télé l’autre jour, genre «je m’éclipse après avoir gagné une troisième Champions League avec le Real Madrid car j’ai trop la classe», j’ai failli me laisser avoir.  Zéro ! Le génial Zizou nous avait déjà fait le coup en août 2003 quand il arrêta sa carrière internationale, déclenchant une vague de salutations lacrymogènes vite oubliées lorsqu’il revint en Equipe de France deux ans plus loin (paraît-il après avoir entendu des voix façon TB Joshua). Puis il flanqua tout aussi subitement un coup de boule au défenseur italien Materazzi !

Or, pour ajouter à mon malaise de téléspectateur lambda (j’aime bien ce mot lambda car je suis nul en maths), le monde du foot a réagi au nouveau coup de tête de Zidane comme si on devait attendre le corps sur place. Mais personne n’est mort ! Ce n’est pas pour casser l’ambiance (quoique) mais moi, téléspectateur lambda, j’ai des pensées tordues devant le petit écran. Du coup, en ce 28e anniversaire de l’exploit milanais, j’ai voulu mettre en perspective le parcours d’Omam Biyik avec celui de Zinedine Zidane, juste pour créer un bad buzz sur coup de tête moi aussi – puisque j’ai le droit selon l’ONU.

Les faits sont têtus : dans l’arène des gladiateurs en godasses, Zidane n’était encore qu’un gamin lorsqu’Omam Biyik provoquait ses premières clameurs, répercutées dans les travées du tiers-monde footballistique. Je sais : ça mange pas de pain, mais je ne suis pas boulanger. Songez : quand les Lions furent éliminés de l’estate italiana en 1990, un jeune Philippin se donna la mort. Omam au sortir de cette campagne italienne finit même par influencer la carrière de Zidane. Le natif de la Castellane à Marseille était sur le point de signer à l’OM lorsque les dirigeants du club jetèrent leur dévolu sur le Camerounais. Aujourd’hui encore, si vous demandez au roi Zidane quel joyau fait défaut à sa couronne, il vous dira qu’il aurait aimé jouer à l’OM ; mais un certain Omam-Biyik était passé par là.

Voilà. C’est avec ce genre d’anecdotes qu’on écrit la grande histoire. A bientôt Omam et Zizou (par ordre d’arrivée) pour de nouveaux coups de tête, avec ou sans ballon ni Materazzi.

 

Thierry Minko’o