J’ai noté l’autre jour dans le centre ville de Yaoundé que les vendeurs de bandes dessinées ont quasiment disparu du bord des rues. Triste constat ! C’est chez eux qu’on trouvait les Tarzan, Blek le Roc, Akim ou Zembla. Chez eux que plus tard on se cachait pour demander Gérard de Villiers (ou Harlequin chez les filles). Je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître
Mais voici qu’en y pensant, j’ai tout de suite convoqué à ma gauche, Kouakou, pré-ado propret et symbole de la lecture jeunesse en Afrique. A ma droite, Kirikou, icône du glandage devant la télé, petit héros de dessin animé capable de soulever les montagnes (j’aimerais bien voir ça, tiens). Le premier a été créé par un Français : Serge Saint-Michel. Le second par un Français également : Michel Ocelot. Voici donc le moment de départager ces héros africains engendrés par des Français s’appelant tous Michel.
Côté look, Kirikou est tout petit comme ça, mais il est fort, oui mais il est sans caleçon. A peine sorti du ventre de sa mère, il a eu le temps de sauver son village mais pas celui d’enfiler un bermuda. Kouakou, c’est la classe avec ses vêtements toujours blancs, sans détergent apparent dans les parages. On a un Kouakou bien sapé, et en face un Kirikou à poil. Score à la mi-temps : Kirikou 0 Kouakou 1. Envoyez la pub.
Côté marketing, Kouakou fut imprimé à 50 000 exemplaires à sa naissance en 1966. Ce chiffre doubla, avec priorité pour la Côte d’Ivoire (25 000), le Cameroun (24 000), Madagascar (22 000) et l’ex-Zaïre (20 000). C’est le ministère français de la Coopération qui éditait la bédé, et celle-ci disparut en 1998 peu avant que ledit ministère fût avalé par les Affaires étrangères. Bye bye Françafrique. Kirikou pour sa part, auteur de prouesses exceptionnelles malgré son gabarit lilliputien, a fait son chemin jusqu’au cinéma. Avec traduction en diverses langues. Des poupées Kirikou ont été mises en vente au profit de l’Unicef, image dune Afrique qui gagne. Rien que pour ça, on dira Kirikou 1 – Kouakou 1. Balle au centre.
Côté impact, les choses se corsent. Si les médecins n’ont pas encore mis en garde contre les méfaits dune trop régulière fréquentation des livres et bandes dessinées, nombre d’entre eux commencent à tirer la sonnette d’alarme : une présence persistante de nos enfants devant les écrans, à regarder Kirikou, affecterait leur capacité de concentration. Imaginez ces hordes de gamins incapables d’articuler les paroles de l’hymne national, sans même avoir l’excuse d’être Miss Cameroun ! On ne peut pas se le permettre ! Score final : Kirikou 1 – Kouakou 2. De toute façon, nous n’aurons pas recours à l’arbitrage vidéo !

Thierry Minko’o