Attention, ceci n’est pas un tacle à retardement. Depuis que nous avons rangé drapeaux et banderoles après la fête nationale en mai dernier, j’ai bien observé que la rengaine du vivre-ensemble commençait à se faire discrète. Notamment sur les réseaux sociaux. Ému par ce constat, j’ai modestement retroussé mes manches (ce qui agace toujours les filles du pressing) afin de raviver la flamme. Et j’ai eu l’idée du siècle : choisir une mascotte !

L’affaire est sérieuse.  Le vivre-ensemble, entendez «cohabitation harmonieuse entre individus ou entre communautés», tout le monde en parlait encore il y a peu, avec des accents incantatoires comme pour conjurer la montée des tribalismes, communautarismes et tous les ismes que je vous laisse bidouiller en famille après le repas du dimanche (ou du vendredi si vous sortez de la mosquée). On avait déjà eu droit aux carrefours locaux du vivre-ensemble, aux Olympiades du vivre-ensemble (carrément !), aux tchats online du vivre-ensemble camerounais, à la marche du vivre-ensemble, au méga concert du vivre-ensemble, au tournoi sportif du vivre-ensemble camerounais.

Et si on essayait une mascotte ? Une sorte de Miss, non pas pour les maillots de bain, mais pour servir «de symbole, d’emblème ou de porte-bonheur à un groupe de personnes, une institution ou une entreprise» selon le dictionnaire que j’ai consulté sur Internet. C’est d’ailleurs au cours de ces recherches en ligne que je suis tombé sur une vidéo de Clarisse Valeri alias la Soucoupe Wopso alias la Chicotte de Dieu. Pantalon déchiré sur les cuisses, elle hurlait prophétiquement contre les (a)mateurs de films porno… Bingo ! Pour incarner le vivre-ensemble et tester notre adhésion au topo, ce n’est pas une figure consensuelle qu’il nous faudrait, mais une personnalité-épouvantail. Quelqu’un qu’on ne voudrait pas nécessairement avoir comme sœur du village !

Clarisse Valeri-Wopso  fut au début des années 2000 une chanteuse qui compte. Elle achetait à tour de bras des tranches d’antenne pour ses œuvres moyennement inspirées et mettait une quarantaine de tenues par clip (si ! si ! on a compté). Sa sape flashy, ses errances sentimentales s’affichaient au rythme de concepts fumeux comme le wopsisme, sorte d’insouciance béate de bimbo bantoue en avance sur les sœurs Kardashian. Le maraboutage présumé de son mari Pascal Valeri par une compatriote vénale acheva de pipoliser la chanteuse, qui refit sa vie avec un Italien nommé Mucho. Ce fut le début d’une fièvre égotique aux relents magico-religieux, jusqu’à la publication d’une vidéo où elle ondule du popotin en mini-short dans une église là-bas chez les blancs, soit disant à la demande du Christ Lui-même. Non mais allô, quoi !

Si ce fameux vivre-ensemble devait prendre le visage d’une personne, pour moi ce serait celui de Clarisse Wopso, femme paumée par des concepts qui la dépassent (comme beaucoup d’entre nous d’ailleurs). Et puis, en réalité, ses imprécations n’ont jamais égorgé personne ni brisé aucune statue ni même attenté à l’intégrité des fonds publics. Comment ? Vous avez d’autres propositions à formuler ? Soit. A votre tour maintenant de trouver une personne bien connue mais de plus en plus bizarre, ensuite commencez à en dire du bien comme éventuelle mascotte. On pourrait appeler ça le Vivre-ensemble Challenge. Mais Wopso Challenge, ça sonne vachement mieux !

 

Thierry Minko’o