Le commissaire général d’exposition des Rencontres d’arts visuels de Yaoundé (Ravy), artiste plasticien, designer et photographe, revient sur la particularité de cette sixième édition.

 

Quelle est la particularité de la 6e édition des Rencontres d’arts visuels de Yaoundé (Ravy) prévue du 23 au 29 juillet 2018dans la capitale ?

La 6e édition des Ravy sera particulière à plusieurs titres. Déjà dans la mesure où elle célébrera les 10 ans d’existence de cette plateforme, marquant ainsi un véritable tournant dans l’histoire des arts visuels et de leur promotion à Yaoundé. Mais également parce qu’elle permet d’inscrire Yaoundé sur la mappemonde ou la cartographie des villes africaines dynamiques qui militent pour l’ouverture au monde et le développement de projets innovants dans ce champ encore peu connu du grand public. Et malgré tous les défis qui pointent à l’horizon, elle s’annonce pleine de répercussions et de belles retombées.

A ce titre justement, quelles sont les innovations cette année ?

Des innovations cette année, pas vraiment. Le festival essaie simplement d’améliorer son contenu, tout en gardant le fil conducteur du «parcours» dans la ville. Et essayant tant bien que mal de s’étendre sur l’ensemble de la ville, conscient que l’enjeu culturel – en matière de développement – passe également par l’ouverture à des publics «non avertis» ou pas nécessairement préparés à la chose artistique. C’est dans ce sens que nous cherchons toujours à sortir des sentiers battus en allant vers des espaces qui proposent autre chose qu’un discours autour de la diffusion d’œuvres d’art ou même des espaces non nécessairement dédiés à cette cause. Le cas cette année de «Ah bon hein?!», lieu qui sera le point focal (village) du festival et «O’Botama» qui repose à la base sur tout un autre fonctionnement. En termes d’innovations, on parlera peut-être de l’ouverture du festival aux mécènes et sponsors que nous n’avons jamais approchés auparavant. Mais, comme nous préparons 2020 qui sera une édition assez différente sur le plan de l’organisation, avec une forte implication de ce volet marketing, nous avons pensé que c’était intéressant de tenter une approche de ce genre dès à présent.

Avez-vous trouvé la «recette miracle» pour perdurer dans le temps ?

Nous connaissons tous les mêmes soubresauts qu’expérimentent les autres. Seulement, nous nous sommes donné pour mission, dès le départ, et ce malgré le fait que nous savions que rien ne sera lisse, de porter véritablement la création locale et de l’amener à un certain seuil. Je pense tout humblement que ce qui casse la continuité de certains projets, c’est le leitmotiv derrière. C’est l’absence d’une réelle vision, avant même de mentionner l’exigence d’un professionnalisme et d’une capacité à porter ces projets. Beaucoup malheureusement pèchent par ces lacunes, sans vouloir donner ici de leçons à qui que ce soit. A côté de cela, nous avons dans cette vocation eu le plaisir inouï de croiser des institutions telles que le Goethe Institut qui nous accompagne depuis les débuts. Ce qui nous a permis, grâce à ce partenariat sur le long terme, de développer notre réseau et d’étendre nos tentacules. Certains porteurs de projets l’ignorent, mais la présence d’un seul et vrai partenaire peut influencer, à tort ou positivement, l’évolution et le caractère structurant d’une entreprise comme un festival.

 

Propos recueillis par Patricia Ngo Ngouem