Cette photo date de 2006, à Bonaleke-Akwa à Douala, où le chanteur Charles Dina Ebongue alias Dina Bell alias Bazor, avait donné rendez-vous aux équipes du magazine ICI pour un entretien.

Par une matinée de septembre étonnamment chaude, c’est Ma Olga la maman du crooner qui nous avait accueillis à l’entrée de la petite concession familiale. Elle nous avait conduits à l’intérieur où nous avions pris place, bientôt rejoints par Dina Bell qui n’arrêtait pas de s’éventer et de s’essuyer avec une petite serviette blanche, tellement il avait chaud.

Nous avions eu un peu de mal à reconnaître la star un peu chauve de 53 ans cette année-là, car l’icône n’avait pas mis son fameux béret. A cause de cela, elle était comme incomplète, comme un I sans accent circonflexe.

Dina Bell fut très gentil, sortant ses pochettes d’album en nous racontant les nombreux tubes de sa carrière, dont «Yoma Yoma» (sorti en 1978, il y a 40 ans aujourd’hui), «O si dia mba», «Sophie». Mais l’homme, d’un naturel timide, semblait mal à l’aise devant l’objectif de notre photographe.

Discrétion et timidité

Aussi hésita-t-il longuement lorsqu’il lui fut proposé de sortir de la concession pour faire des photos d’extérieur. «J’ai été agressé en 2004 alors que je rentrais d’un voyage aux États-Unis, nous raconta l’ami de jeunesse de Toto Guillaume, justifiant sa réserve. Ces gens pensaient que j’avais de l’argent sur moi».

Bon an mal an, Bazor s’est extirpé du confort de son salon. Le voici qui tente de se détendre alors que les click-clack de l’appareil crépitent face à lui. Il est toujours tendu. Alors le photographe Juste Zannou a une idée : mettre en scène un Dina Bell occupé à signer des autographes. Comme ça, il n’est pas obligé de fixer l’objectif.

Des autographes ? Mais il n’y a pas de fans transis autour de la vedette contrariée. Juste des voisins qui vaquent à leurs occupations. Dina Bell ne sent pas l’idée. Mais on s’entête. On convainc quelques  voisins, qui s’emmènent les bras ballants. Difficile de leur signer des autographes sans accessoire.

Notre accompagnateur, Valentine Atango (en blanc, derrière sur la gauche de la photo) sacrifie des pages de son calepin, qu’il distribue aux voisins dans le rôle de faux fans. Atango consent même à jouer les groupies mais on voit bien sur la photo qu’il a du mal à faire le mariole.

Finalement la séance photo est un succès et les voisins réclament une bière pour leur effort. Les lecteurs d’ICI Les Gens du Cameroun, N° 31 paru en octobre 2006, ne se douteront pas de tout le cinéma qui a entouré ce shooting. Maintenant ils savent !

T. Minko’o – Photo Juste Zannou – ICI