La chanteuse à la tête bien faite compte trois albums dans les bacs, dont le dernier qu’elle a simplement décidé d’appeler Belalo (Trois).

 

Il a fallu que Dorette Moangué transforme le poids de la griffe Decca en simple ingrédient pour défendre et imposer son style, que l’on sait aujourd’hui peuplé de bons sentiments et du souci des personnes en difficulté. De nobles combats qui font que Dora Decca sait où elle veut aller. La native de Deido à Douala ne chante ni ne danse au milieu des hurleuses à sang chaud qui ont tendance à remuer du postérieur à la place des cordes vocales… Il est vrai que le public en redemande, et c’est peut-être cela qu’il semble reprocher à l’auteure de Merci Cerac : pas assez folle !

Alors, que va-t-elle offrir à la suite des albums Aphrodite (2002) et Dor’Attitude (2007) ? Elle dégaine : «Mon prochain album sera différent des autres du fait qu’il est réalisé par plusieurs arrangeurs tels que Sam Fan Thomas, l’Ivoirien David Tayorault, Jacky Kingué, Bertrand Eba pour ne citer que ceux-là. Aussi j’espère que sa différence d’avec les deux premiers se fera ressentir musicalement et artistiquement. Pour résumer c’est un album qui pour moi sera fait avec encore plus de professionnalisme.» Dora Decca assure que l’équipe sur cet album est composée de nationalités multiples. Question de varier les effets, pour autant de chances de séduire les mélomanes.

SON DUO AVEC LADY PONCE

Elle voudrait y mettre un supplément de sincérité, ce qui lui fait dire : «Je souhaite nommer cet album Trois. Un chiffre qui exprime l’équilibre, le socle. 3, un chiffre divin. J’espère que cet album va permettre à mes fans de découvrir mon Moi. Un Moi différent ou plus profond que celui qu’ils connaissent depuis mes débuts.» Vu comme cela, ça promet…

Mais trêve de psychanalyse, cet album qui s’annonce solidement escorté assume également sa facette bling bling. En témoigne ce duo avec la chanteuse de bikutsi Lady Ponce, une improbable association déjà attendue comme curiosité majeure dans cette nouvelle aventure discographique. Dora Decca voit les choses plus simplement. «Lady Ponce est une artiste talentueuse, travailler avec elle a été un vrai bonheur, énonce-t-elle. Artistiquement nous nous apprécions. Ayant prévu un duo féminin dans mon nouvel album, c’est sans réfléchir que j’ai pensé à elle, ce qu’elle a accepté sans hésiter et sans avoir écouté la démo de la chanson que je souhaitais faire avec elle !»

Pour le reste, l’artiste compte faire le boulot autour de son produit. Promotion, spectacles divers au Cameroun et au-delà des frontières. Elle n’oublie pas d’inclure dans ce planning des actions sociales qui sont une façade entière de sa vie publique. Aux femmes dont elle réclame l’émancipation, elle dédie une chanson – «en espérant que je serai entendue et comprise», ponctue-t-elle avant de se lancer dans un rapide round-up de ses initiatives.

«Chaque fois que j’en ai eu la capacité, j’ai réalisé un projet à l’endroit des jeunes, des déshérités et autres, note-t-elle. J’ai réalisé La Classe, une émission pour  jeunes talents, où le public a découvert Gaëlle Wondjè, Martino Ngallè… Je suis aussi très active dans la sensibilisation pour le Sida, les MST, IST et autres fléaux qui menacent notre société.»

DORA ET SES HOMMES

Il y a manifestement de la structuration à tous les étages lorsqu’on survole le profil de cette faiseuse d’ambiance pour le moins atypique. Dans le petit monde de la musique Dora Decca passe encore et toujours pour une intello micro en main. En grattant un peu son CV, on trouve trace de fréquentations scolaires et universitaires probantes. École publique de Deido, lycée polyvalent de Bonaberi et Cetic de Bassa à Douala, école Saint Martin et lycée Patay en France. Elle obtiendra un Bep électronique puis un baccalauréat Maintenance télématique des réseaux bureautiques (Mrbt) et rejoindra l’université de Saint Denis pour un cycle de communication…

Comme souvent chez les Decca, le chromosome de la musique transmis par «une maman sévère parce qu’institutrice et un père très câlin» la rattrape au détour d’une ou deux rencontres avec des personnages comme Aladji Touré ou encore Jean Pierre Sah. C’est vers 1988 qu’elle aurait commencé à faire des piges de choriste pour Damien Aziwa, JR Nelson, Charlotte Mbango, Grâce Decca et Ben Decca. Grâce et Ben justement, les étoiles rapprochées qui lui serviront de phare.

Mais de son point de vue, une certaine force de caractère dans la conduite de sa carrière lui serait venue de la configuration passablement masculine de son univers. Elle explique : «Les hommes ont toujours eu une place déterminante dans ma vie. Hier c’était mon père qui n’est plus. Lui qui restera mon premier amoureux d’ailleurs. Aujourd’hui Isaac et Ben mes deux frères restent aussi les hommes importants dans ma vie. Par ailleurs, j’ai une vie de famille c’est-à-dire un homme et des fils. Comme quoi nombreux hommes m’entourent dans la vie

À la ville, Dora Decca est madame Martin Edjangue, lequel a déjà produit un de ses albums, précisément celui qui a pour titre Aphrodite, ci-devant déesse grecque de la germination, de l’amour, des plaisirs et de la beauté. Ce qui peut donner matière à exégèse sur le côté fusionnel de cette union. Mais Dora aime aussi les belles voitures, nous dit-on. Réminiscences d’une jeunesse passée sous l’aile du papa mécanicien. Et comme elle aime aussi les jolies musiques, il n’y a plus qu’à tendre l’oreille pour savoir comment elle compte gagner son nouveau pari.

 

Texte: T. Minko’o – Photos: Erick Bwambi / ICI Cameroun, 2012

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *