La semaine dernière, les caméras ont été conviées à immortaliser une audience accordée par le ministre des Sports et de l’Éducation physique à un représentant de l’Union cycliste internationale (UCI). A priori pas de quoi fouetter un chat (d’ailleurs le chat n’a rien fait d’illégal) si ce n’est que le représentant en question est venu à l’audience cintré dans un pantalon jeans délavé où était sommairement enfilé un polo noir ouvert au niveau du col. Et pour ne rien arranger, ce monsieur-là a gardé ses lunettes vissées sur le crâne comme si on l’avait surpris en train de souder le guidon de son vélo (je suppose qu’il a voyagé sur deux roues).

Le ministre Bidoung Mkpatt, que certains petits malins appellent Mini Pampam en raison d’un passé de comédien itinérant, a donc joué la séquence comme au théâtre, feignant de ne pas remarquer la mise quartiésarde du visiteur blanc. Il fallait voir le ministre et ses proches collaborateurs tirés à quatre épingles ! On aurait dit qu’ils recevaient la première communion des mains du toubab débraillé !

Moi, on m’aurait prévenu, je prêtais un de mes vieux costards au visiteur. Car cette scène passée au journal de 20h30 (!) m’a rappelé Tintin au Congo. Chacun ses lectures. Ce n’est pas parce que nous serions une république bananière que le premier expatrié venu bafouerait la courtoisie vestimentaire devant un membre du gouvernement, fut-il responsable des travailleurs en short. Nos ministres, on les vilipende au bar car ça fait descendre la bière, mais on s’habille proprement pour les saluer ! Ce sont nos coutumes d’indigènes et c’est comme ça. Qu’on se rappelle ces femmes repoussées à l’entrée des ministères parce qu’elles ont porté un pantalon ! Qu’on se souvienne de ces gars, sapés comme jamais, seulement pour une interview dans un service consulaire censé leur délivrer un visa sans suspense ! Et ce visiteur, lui, aurait le droit d’être reçu en tenue de mécano par un ministre ?

Maintenant, laissez-moi vous raconter comment le chanteur belgo-français Johnny Hallyday, sans doute porté par le même élan désinvolte, plaqua une gifle sacrilège sur la joue d’un ministre camerounais. C’était je crois dans un hôtel du centre ville de la capitale quelques instants avant le début d’un concert inédit. J’oublie quelle faute avait commise le ministre aux yeux du chanteur, mais ce dernier le souffleta parce qu’il croyait en avoir le pouvoir. L’idole fut expulsée du Cameroun et n’y remit plus jamais les pieds. C’était il y a longtemps. Aujourd’hui, Johnny est parti et les petits blancs n’outragent plus les ministres en public. Du moins c’est ce que je croyais…

Thierry Minko’o