A 29 ans, l’une des nouvelles icônes de la variété camerounaise depuis le carton de Wule Bang Bang, savoure les fruits de son entêtement à devenir artiste. Le natif de Nsô (Nord-ouest) s’est livré avec prudence sur les joies de sa notoriété.

Nous sommes au soir du 2 février 2017. Jour de CAN, jour du match Cameroun-Ghana. Il est 18h à Mbopi, Douala. C’est ici que nous avons rendez-vous avec Magasco. Dans cet hôtel sobre où il loge, on reconnaît rapidement ce jeune visage, couvert en partie de barbe et devenu commun dans les clips vidéo dont quelques uns, en rotation sur plusieurs chaînes de télévision, connaissent un très grand succès. Il nous accueille avec un petit sourire dans un corridor où sont disposées une petite table et deux chaises, à quelques pas de sa pièce à coucher.

L’artiste est très peu bavard au début. Peut-être préoccupé par les formalités consulaires car il s’apprête à rallier Libreville pour la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Magasco a été sélectionné avec plusieurs stars de la musique africaine pour prester pendant la cérémonie de clôture de la compétition. Déjà, l’artiste a enregistré avec plusieurs collègues l’hymne officiel du tournoi. C’est que, grâce à son single Fine Boy, Magasco est une coqueluche au-delà du Ntem. Pour les autorités gabonaises, l’inviter était un gage de réussite.

Des sollicitations de ce genre, l’auteur du tube Wulu Bang Bang (2015) en reçoit à la pelle. Guinée-Équatoriale, Gabon, Nigeria, États-Unis pour ne citer que les plus récentes. Une présence régulière sur les scènes que la nouvelle étoile du R&B et de l’afro pop  présente elle-même comme le résultat d’un travail acharné. Même si, en bon croyant, il met tout  entre les mains de Dieu. «Rien ne peut être fait sans Sa volonté», nous avance-t-il.

UN CHOIX FOU SELON SA MÈRE

Ce succès bien rayonné, l’artiste le doit aussi, dit-il, à l’insertion de toutes ses influences musicales : le njang, le makossa, le High life et bien d’autres. «Avant, note-t-il, nous voulions faire du hip hop comme les occidentaux et nous étions très peu suivis. Mais depuis que nous avons compris qu’il fallait y insérer des ingrédients locaux, ça marche ».

Mais, tout n’était pas rose au départ pour celui que les amis appellent affectueusement Bamenda Boy. Ce natif de Nsô, à quelques encablures de Bamenda (Nord-ouest)  a connu beaucoup de déboires au début de sa  carrière. Quand il abandonne ses études en 2ème année d’Histoire à l’Université de Yaoundé I pour embrasser la musique, ses camarades trouvent ce choix insensé et décident de l’isoler :  «Tous me prenaient pour un fou !». Sa mère est terrifiée car le  milieu du hip hop est alors décrit comme un lieu de perdition de la jeunesse. «Elle avait peur que je sois dérouté et que je prenne un mauvais chemin», se souvient-il.

Avant  l’âge de 10 ans, alors qu’il accompagne sa  mère à la chorale, il est captivé par le chant. Il décide d’y aller régulièrement et de participer. Certains choristes lui trouvent une voix prometteuse. Ce sont ses camarades de Seconde qui le surnomment Magasco, en souvenir de l’artiste américain Cisco.

Au cours de cette période, il rédige des chansons dont certaines seront diffusées sur Youtube et Facebook. Magasco  fera partie  des groupes comme T-Drop ou Tryo avec lesquels il glane quelques lauriers sur le plan local à Bamenda. Il obtient aussi une deuxième place au concours national Nescafé Africa Revelation. Mais sa carrière décolle véritablement quand il est repéré par Pit Baccardi le promoteur de la boîte Empire Company, avec lequel il signe son premier contrat professionnel : «J’ai saisi cette opportunité qui m’est offerte pour me mettre davantage au travail».

Aujourd’hui, avec six singles et un album qui  caracolent au sommet des hit parades nationaux et continentaux, il peut regarder derrière et dire : « Ma mère est trop fière de moi ».

LA TÊTE SUR LES ÉPAULES

Anthony Tohnain Nguo est le dernier né de trois frères. Comme les deux aînés vivent aux États-Unis, et en l’absence du papa décédé, Anthony est pratiquement devenu le chef de la famille. Il assume ses nouvelles responsabilités auprès de sa maman et des autres membres du clan.  Mais Magasco garde la tête sur les épaules : «Si je suis ce que je suis, c’est grâce à tous ceux qui aiment mes chansons. Par conséquent, mon succès dépend d’eux. Alors, qu’est ce qui pourrait m’amener à avoir une attitude différente à leur égard, si ce n’est rester la même personne qu’ils ont toujours connue et aimée ?»

À 29 ans, notre nouvelle star déclare faire la musique par amour : «La musique me donne de la joie. Chaque fois que je chante, je suis heureux. Le reste n’est que supplément ».  S’il reconnaît qu’il vit de son art, il espère voir sa carrière aller encore plus loin. D’où de nombreux  featurings et duos réalisés avec d’autres artistes. «Je crois beaucoup au partage, assure-t-il. J’estime qu’avec deux mains, le travail peut être plus facile qu’avec une seule».

Magasco reste un cœur à prendre. Il affirme n’avoir pas encore trouvé l’amour de sa vie. Bien que n’étant pas exigeant sur les qualités physiques de sa future épouse, l’artiste met assez l’accent sur le respect de la culture africaine et la peur de Dieu. Pas étonnant que l’artiste se méfie des aguicheuses  qui rodent autour de lui en cette période de succès. «On ne sait  pas qui est vrai. Il faut prendre du temps pour voir sur qui jeter son dévolu. Mais si elles viennent pour la musique, il n’y a pas de soucis », ironise-t-il.

Son avis sur le hip hop et r&b camerounais reste positif malgré de nombreuses critiques sur la tendance de ce mouvement à glisser vers l’immoralité : «A  chacun son époque. Je pense que la musique camerounaise évolue en fonction de son époque. Il y a quelques années, il fallait faire une musique très sérieuse pour qu’on vous écoute. Aujourd’hui, tout le monde veut être heureux. Si tu réussis à parler d’un sujet que les gens aiment, à les  amuser et à les rendre  heureux, je pense que c’est gagné. Et je crois que c’est ça, la musique aujourd’hui».

Fin gourmet, Magasco est un friand de kati-kati (mets de sa localité à base de poulet et d’huile rouge) et du djama djama (légumes verts qu’on retrouve dans plusieurs régions du pays). Pour s’évader, le crooner aime dessiner. Il affirme  beaucoup dormir et se reposer, quand il n’est pas en activité.

Anthony a voulu dire son sentiment sur les récents évènements de Bamenda, qui ont fait couler beaucoup d’encre et de salive : «C’était très dur, mais ça commence à aller. Quand on voyage, on a l’impression que c’est la même situation qui prévaut dans tous les pays d’Afrique. Que ce soit au Nigeria, au Gabon ou ailleurs, on voit qu’il y a une partie de la population qui est contente et l’autre frustrée qui se plaint». Mais l’auteur de Fine Boy (2014)  veut plutôt demeurer celui qui conscientise et procure de la joie à travers  sa voix et sa musique. Loin des joutes politiques, et de tout ce qui peut empêcher la bonne marche de sa carrière.

Sujet Félix Epée – Jean Pierre Kepseu / ICI Cameroun