Auteur d’une bavure retentissante sur les antennes de la Crtv en début de semaine quand il a repoussé la chroniqueuse Cathy Toulou Elanga, le candidat à la prochaine présidentielle est entré en précampagne d’une manière controversée. Journalistes, féministes, jeunistes et bien d’autres forces de la société civile se sont déchaînés contre ce membre de la Commission nationale anti-corruption (Conac) et ancien ministre de la Fonction publique et du contrôle de l’État, aujourd’hui âgé de 74 ans. ICI Cameroun a tenté de «profiler» en dix points ce personnage complexe.

1.     EX-FUTUR JOURNALISTE. Garga Haman Adji aurait pu exercer le métier de journaliste. En 1961 après un Bepc au Collège moderne de Garoua, il est pressenti pour aller étudier le journalisme en Suisse. Les formalités sont sur le point d’aboutir lorsqu’on lui apprend que pour cette formation le niveau requis est le baccalauréat. Il se tournera plus tard vers l’administration.

2.     PÈRE D’UNE JOURNALISTE. Hawaou, la fille de Garga Haman Adji, sortie de l’École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) de Yaoundé en 2001, fut recrutée à la télévision nationale, Crtv.

3.     L’IMAGE DE L’ONCLE. Quand il avait sept ans, son père est décédé sans laisser de photo. Garga Haman Adji a toujours présenté à la place une photo de son oncle et tuteur, Djaoro Abba Ousmanou qui s’est occupé de lui avec ses quatre frères et cinq sœurs.

4.     SOUS-DIRECTEUR DE LA SÛRETÉ A 25 ANS. A sa sortie de l’École camerounaise d’administration (ECA), Garga Haman Adji est «sollicité  à la fois par Fochivé aux renseignements, Paul Pondi à la police, Bidias aux Finances». Il choisit la police et devient sous-directeur de la Sûreté en 1969, à 25 ans.

5.     POLYGAME A 29 ANS. Marié en 1962 alors qu’il a 18 ans à la jeune Djaratou, 14 ans, Garga Haman Adji prend une deuxième femme le 25 mars 1973, «le jour où Ahidjo partait pour son premier voyage en Chine». La nouvelle épouse se prénomme Maïramou, c’est la fille du monarque local Yaya Dahirou dont le stade de Maroua a porté le nom. Celle-ci prendra une retraite anticipée en 1996 pour épauler son mari.

6.  LE RAPPORT AUX FINANCES. A sa grande surprise il est nommé par Ahmadou Ahidho au poste de directeur comptable et financier de la Société nationale d’électricité (Sonel) où il passera sept ans avant de diriger la Boston Bank of Cameroon. C’est après cela qu’il reviendra dans l’administration pour devenir une référence de la lutte contre la corruption. C’est sa mère qui lui aurait inculqué cette rigidité morale qui lui a valu le surnom «chasseur de baleines», notamment avec l’affaire Messi Messi.

7.  COUP D’ÉCLAT EN 1992. Accusé de ne traquer que des dignitaires beti («le dossier Messi Messi a été initié par Akame Mfoumou», rétorquera-t-il à ICI) et voyant que le contrôle de l’Etat lui est retiré pour être logé à la présidence, Garga Haman Adji organise sa démission le 27 août 1992 afin qu’elle échappe aux services de renseignement.  Ce qui vaudra à Jean Fochivé la colère du président Paul Biya: un ministre ne peut pas démissionner sans que les barbouzes du pays le sachent…

8.  CHAMPION DU SDF. Après sa démission, Garga Haman Adji reçoit une délégation du Social democratic front (Sdf) conduite par le secrétaire général Siga Asanga lui demandant d’accepter l’investiture pour affronter Paul Biya. L’idée ne va pas prospérer : «Je leur ai dit que ça ne me paraissait pas logique, ils m’ont amené Fru Ndi pour qu’on en parle, il m’a raconté beaucoup de choses sans exprimer de position claire».

9. ÉCHEC AVEC SAMUEL EBOUA. Après avoir dirigé la campagne de Ni John Fru Ndi en 1992, Garga Haman Adji accepte de diriger celle de Samuel Eboua en 1997 pour le compte de l’Union nationale pour le développement et le progrès (Undp). Dans les urnes, l’échec sera encore plus cuisant. L’ancien ministre décide alors de former son propre parti, l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD).

10. GARGA & BIYA. Classé 4e à la présidentielle de 2004, Garga Haman Adji avait été approché deux ans plus tôt par un «émissaire sérieux du pouvoir». Il refusera d’entrer au gouvernement. Celui qui fut troisième à la présidentielle de 2011 raconte que le 6 janvier 2017, lors de la cérémonie de présentation des vœux au Palais de l’Unité, Paul Biya lui a demandé de s’impliquer dans la résolution de la crise dite anglophone : «Le président vient devant moi, il attrape mes deux mains. Il me dit : «Garga, vous suivez ce qui se passe, il faut faire quelque chose. Garga, ramenez moi Bamenda !»

 

Synthèse de T. Minko’o – Photo JP Kepseu – ICI Cameroun