Diane-Audrey Ngako raconte « sa » Mireille Fomekong, cette femme attachante qui est  à la tête d’une des cinq plus grandes agences conseil en marketing et communication du pays.  Occasion de revenir sur treize années d’aventure entrepreneuriale.

 

Avant cet article, je ne l’avais jamais rencontrée mais comme de nombreuses personnes, je connaissais son nom et le travail de son agence. Malgré tout, je voulais lui donner une place de choix dans ce numéro d’ICI Cameroun. Je m’étais idéalisé la rencontre sans savoir à quoi m’attendre. En franchissant la porte de son bureau, je pouvais déjà ressentir une appréhension. Mireille Fomekong est une femme occupée. Entre sa vie de famille, son entreprise et son rôle au sein du Gicam, chaque seconde compte. Elle veut comprendre pourquoi j’ai choisi de l’interviewer, elle, et pas une autre. J’essaye de lui expliquer mais elle me challenge. Vous l’aurez compris, les vingt premières minutes d’échange sont tendues.

La DG ne veut plus être interviewée. Depuis le dixième anniversaire de son entreprise, elle a décidé d’être moins présente dans les médias pour laisser briller le travail de son équipe et de ses clients. «Je n’ai pas pensé à Ascèse comme un bien individuel ou personnel, mais comme un bien public, appartenant à ses salariés et actionnaires», souligne-t-elle.

L’atmosphère se détend quand je lui dis : «En tant que jeune femme, nous ne pouvons pas être ce qu’on ne connait pas. Nous avons besoin de nos aînées pour nous tendre la main, pour croire en nos rêves et notre potentiel». Elle sourit, me regarde et dit : «Vous avez raison, on peut lancer l’interview».

ASCÈSE : LE DON DE SOI

C’est en 2005 qu’elle crée Ascèse, après huit ans de carrière au sein du secteur de la publicité au Cameroun et en Côte d’ivoire. «J’étais arrivée à un moment de ma vie où j’avais beaucoup observé le métier du côté agence comme annonceur. Je pensais que le moment était venu de donner une alternative locale avec une compétence internationale. J’ai choisi le nom Ascèse pour rappeler à tous nos salariés que le pendant de l’entreprise c’est l’effort et le don de soi. Il n’y a pas de réussite sans travail. Nous employons de nombreux jeunes et nous leur rappelons que ce monde de facilité qu’on leur vend n’existe pas», ajoute Mireille Fomekong.

Coup de maître, la structure a commencé avec les Brasseries du Cameroun comme premier client. Le rêve de toute agence !

Résultat ? Un chiffre d’affaires de 300 millions la première année d’exercice avec quatre salariés au début de l’aventure. Aujourd’hui, l’entreprise a multiplié ce chiffre d’affaires par cinq et le nombre de salariés par huit. «Contrairement à ce que la société camerounaise veut laisser transparaitre, on ne se lève pas pour monter une entreprise. Il faut avoir l’expérience et la légitimité. On nous demande toujours comment nous avons réussi à nous imposer aussi rapidement sur le marché. Je pense que nos clients viennent pour trouver une compétence, notre capacité à nous adapter au marché, aux consommateurs

Et de raconter une anecdote instructive sur la nécessité du sacrifice et de l’abnégation : «Je me souviens qu’une entreprise est venue nous voir un 23 décembre pour nous dire qu’on devait lancer une nouvelle marque pour le 10 janvier de l’année suivante. Ascèse devait gérer la campagne 360 : réfléchir au concept et au positionnement de la marque, réaliser la campagne d’affichage, concevoir les réseaux sociaux. Le challenge était énorme. Nous avons tous choisi, en équipe, de ne pas prendre de vacances de Noël et d’atteindre les objectifs fixés par le client».

EXEMPLARITÉ ET TRANSPARENCE

Lorsque vous demandez aux salariés de son entreprise ce qui fait d’elle un leader, ils répondent de manière générale par deux mots : l’exemplarité et la transparence. Comme les trente-deux salariés de son entreprise, Mireille Fomekong reçoit son salaire chaque 29 du mois par virement bancaire. Son directeur financier avec qui elle a commencé à diriger l’agence est complètement autonome. «Aucune des trois banques où nous avons nos comptes ne me connaît», affirme la patronne d’Ascèse.

Odette Ndoumbè, Maitre Alice Nkom, Marème Malong, Paul Kagamé, Nelson Mandela et Segolène Royal sont les personnes qui l’inspirent. «J’aime beaucoup Alice Nkom, c’est un phare bien que je ne sois pas de tous ses combats. Je respecte beaucoup Marème Malong car elle a réussi à bâtir une entreprise panafricaine malgré notre environnement, sans jamais se victimiser en tant que femme ; elle a ouvert la voie aux gens comme moi. Ségolène Royal a fait du Barack Obama avant Barack avec la plateforme digitale «Désir d’avenir» ; c’est une femme transgressive, maman de 4 enfants sans jamais être mariée, elle a battu les éléphants de la gauche française alors que personne n’y croyait. Paul Kagamé pour son esprit de leader et sa vision du Rwanda. Nelson Mandela reste pour moi l’inspiration ultime pour ses valeurs de pardon, d’ouverture, de tolérance», explique-t-elle longuement.

À la fin de notre entretien, je lui ai posé une question : Qu’est-ce qui vous fait tenir ? La réponse a été brève et claire : «La rage de réussir, pour toutes les personnes qui ont cru en cette entreprise, et l’envie de rendre ma fille fière».

 

Texte : Diane-Audrey Ngako – Photo : Patrick Nelle

A lire dans ICI Cameroun N°89 en kiosque

 

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