Ce jeune Camerounais a été classé en 2016 par Forbes Afrique dans le Top 30 des entrepreneurs de moins de 30 ans les plus prometteurs d’Afrique francophone. Aujourd’hui, le créateur de drones a lancé une entreprise qui fait louer des appareils à travers tout le pays.

 

En 2015 sur le site web de l’hebdomadaire Jeune Afrique, le monde découvrait le visage de William Elong. Âgé de 23 ans, ce Camerounais à la mine juvénile déclarait sans ambages vouloir«révolutionner l’Afrique grâce aux drones». Certains ont dû juger l’annonce prétentieuse, d’autres encore ont certainement haussé les épaules en se disant «beaucoup de bruit pour rien». Mais aujourd’hui, sous nos yeux, ce qui n’était alors qu’un petit bout de phrase comme la presse les aime tant, est en train de prendre corps.

À25 ans, William Elong est à la tête d’une entreprise qui exploite une flotte de drones assemblés sur place au Cameroun. Sa structure propose des services de cartographie, de surveillance et de monitoring, à une clientèle dont l’essentiel se recrute parmi les gros exploitants agricoles du pays. Les drones ont un avantage compétitif énorme pour ces clients :«Ils effectuent les mêmes tâches que les avions ou les hélicoptères, mais ils coûtent beaucoup moins cher», explique William.

«MADE IN CAMER»

Enthousiaste, il sort son téléphone de sa poche en pleine interview, pour montrer la vidéo d’un vol d’essai de ses drones «Made in Camer». On voit des étudiants de l’Université de Douala qui ont travaillé sur le projet, exulter au moment où l’objet volant monte dans les airs. Il a fallu deux ans aux équipes de techniciens pour trouver les composants et réaliser un assemblage qui tienne la route :«C’était difficile de trouver des fabricants qui acceptent de nous vendre les composants… On a aussi connu pas mal d’échecs, avec environ vingt appareils qui ont crashé», confie-t-il sans en perdre le sourire.

La touche locale de ces appareils ne vient pas des composants des drones, les pièces sont fournies par des fabricants étrangers. William Elong explique :«C’est vrai que toutes les pièces sont importées ; par contre, tout le programme informatique qui commande le drone est conçu au Cameroun». Le programme logiciel constitue la partie essentielle du drone, un ensemble d’algorithmes et de codes permettant la gestion de tâches et des calculs complexes sans lesquels l’appareil n’est rien de plus qu’un petit bout de plastique sans intérêt.

Cette aventure entrepreneuriale a franchi un pas décisif en février 2018, avec la présentation officielle des premiers appareils assemblés localement, au cours d’une cérémonie en grande pompe devant un parterre de ministres à l’hôtel de ville de Yaoundé. Mais aussi importante soit-elle, cette étape n’est aux yeux du concepteur qu’un balbutiement. La tête pleine de projets, William Elong voit désormais l’avenir en drones : terrestres, volants, marins, sous-marins…

Il parle déjà d’expansion internationale et travaille à la levée de fonds pour financer son développement hors du Cameroun :«On va s’organiser pour trouver des investisseurs,afin de proposer des drones de plus en plus intelligents, capables d’accomplir des tâches de plus en complexes», promet-il.

GARÇON PRÉCOCE

Rêves d’adulte pour un jeune homme dont l’histoire commença dans une maternité de la petite localité d’Ebone dans le Mungo. Premier-né de ses parents, quatre autres suivront. Toute sa scolarité se fait au collège de la Retraite à Yaoundé. Baccalauréat précoce à 15 ans. Il suit simultanément deux cursus :un cycle dans une école de commerce de Yaoundé, et un autre par correspondance dans une école de La Rochelle en France. Ses deux diplômes en poche, il s’envole pour Paris, direction l’École de guerre économique – dont il sera à 20ans le plus jeune diplômé à ce jour. Il en sort avec un MBA, et surtout une autre vision du monde :«C’est mon passage dans cette École qui m’a familiarisé avec les enjeux stratégiques et sécuritaires dans le monde, et c’est à ce moment-là que j’ai eu envie de créer une entreprise».

À vingt ans, il crée Will and Brothers, alors qu’il réside encore en France. L’entreprise réalise aujourd’hui diverses prestations, mais elle doit sa notoriété et sa médiatisation au fameux projet «Drone Africa» porté par son promoteur.

PASSION POUR L’ART

Derrière la figure d’entrepreneur de William Elong, il y a également un passionné d’art, de voyage et de découverte. D’ailleurs c’est en plein vernissage dans les murs de Doual’Art, la principale galerie de la capitale économique, qu’il nous a accordé une entrevue. Arrivé en plein vernissage, il n’a pas pu s’empêcher de satisfaire sa curiosité en jetant un œil sur toutes les œuvres exposées avant de répondre aux questions.

Pas un hasard, il précise :«Nos anciens bureaux se trouvaient dans une galerie d’art». En effet avant d’intégrer ses locaux actuels, Will and Brothers a eu pour bailleur la galerie Mam. En partenariat avec l’incubateur «Jokolabs », Mama vait décidé de louer des espaces de travail partagés aux start-up locales, selon le modèle du co-workingspace, une solution pratique pour les jeunes pousses. Pour décorer les premiers drones qu’il a assemblés, William Elonga fait appel à Kelion, peintre dont il apprécie les œuvres.

La musique compte aussi parmi ses centres d’intérêt. Pianiste à ses heures libres, il s’essaye également à la littérature. Il revendique l’écriture de plusieurs textes de slam, qui sont encore dans le tiroir. William est aussi un amoureux de photographie, et les voyages sont toujours pour lui l’occasion d’enrichir sa banque d’images. On se fera une idée de ce qu’il peut réaliser avec un appareil photo en visitant sa page Instagram.

VERS LE MARCHE INTERNATIONAL

En attendant, l’avenir immédiat de William Elong peut se nouer autour de son premier voyage aux États-Unis, effectué cette année, où il a été sélectionné pour participer à un programme de leadership. «Je crois que ça tombe bien, s’enthousiasmait-il ;l’opportunité se présente juste au moment où nous cherchons à internationaliser nos activités». Il est bien conscient que s’attaquer au marché international, c’est une autre paire de manche : «Il faut mobiliser beaucoup plus de moyens, il faut attirer des investissements beaucoup plus importants et exigeants», explique-t-il, très confiant en sa technologie.

Une sérénité et une confiance pour lesquelles il rend un hommage appuyé à sa famille.«Mes parents m’ont beaucoup épaulé, on est une famille très soudée et ça m’a beaucoup aidé dans tout ce que j’ai entrepris»,confie-t-il. Sur un plan personnel, il se déclare célibataire, mais attention, les portes ne sont pas ouvertes :«Peut-être bientôt je ne serai plus célibataire, ça dépend d’elle», lance-t-il, en refusant d’en dire plus. Priorité aux drones camerounais !

 

Texte et photos : Patrick Nelle / ICI

Sujet à lire dans ICI Cameroun N°89