A 66 ans, celui qui fut défenseur des Lions Indomptables entre 1972 et 1982, a connu comme entraîneur l’ivresse du Mondiale 1990, la découverte du jeune Samuel Eto’o, puis les tripatouillages honteux de 1994 à 2014. Cet homme qui se dit allergique à l’hypocrisie assure pourtant que cette expérience lui a appris à «faire un peu de politique».

 

1972 : RAGE ET DÉSESPOIR

À la Coupe d’Afrique des nations de 1972, le pays organisateur est éliminé en demi-finale par le Congo à la surprise générale.  «C’était une déception nationale. En réalité, on avait misé sur Yebga Maya, notre meilleur avant-centre, mais il était blessé au genou. On a insisté à lui faire de ponctions, il n’a pas pu jouer à 60% de ses moyens. C’étaient des erreurs de casting, mais ça fait partie d’une compétition. Tous les copains s’attendaient à ce qu’on gagne pour faire la fête. On était tous atterrés, mais on était d’accord sur le fait qu’on avait tout donné», se souvient celui qui était alors arrière droit de l’équipe nationale.

En 1974, deux ans après cette débâcle, Kaham rejoint Quimper, en France. «J’ai passé trois années à Quimper et en 1978 je suis allé à Tours. Là, nous montons en première division», raconte le joueur, qui refusa de prendre la nationalité française. Il va changer de club pour Valenciennes, pas pour longtemps. Grièvement blessé au genou droit, il revient à Qimper, son fief, se soigner et y jouer encore. «C’est de là qu’on m’appelle en 1981 pour le dernier tour éliminatoire de la Coupe du Monde 82 contre le Maroc», se rappelle Kaham.

1982 : DÉCORÉS AVANT DE JOUER LE MUNDIAL

Solide grâce à son physique d’athlète, mais surtout doté d’une technique et d’une culture tactique élevée, Kaham ne va pas décevoir les attentes. «J’ai commencé ma carrière à ce poste où j’ai toujours été titulaire, et jamais remplaçant partout où je suis passé». Son rôle défensif avec les Lions Indomptables face au Maroc fait sensation à l’aller comme au retour. Son activité offensive a marqué les esprits, avec la découverte de ce qu’on a appelé par la suite «latéral moderne».

Les portes de la Coupe du Monde Espagne 82 vont s’ouvrir : après le match de qualification Cameroun-Maroc, le chef de l’État Ahmadou Ahidjo décore les joueurs, avant que les cinq professionnels d’alors ne prennent l’avion pour rentrer en Europe. «C’était dans le salon d’honneur du palais, immédiatement après le match. On était Chevalier de l’ordre de la valeur».

Le coach Zutic Branco est remplacé par feu Jean Vincent, qui travaille avec Atangana Ottou. L’équipe passe de longs mois en Allemagne, à Hennef. «Nous étions environ 30, pour les 22 qui devaient être retenus pour la Coupe du Monde. L’entraîneur a fait son choix. Il fallait éviter de prendre la casquette comme le Zaïre. En Espagne on n’a pas perdu de match», raconte-t-il.

Après le Mundial 82, c’est la transition pour Michel Kaham. «Je suis allé aux États-Unis, amené par Jean-Pierre Tokoto. Je jouais à Cleveland. J’y suis resté de 1982 à 1988. J’y ai passé mes diplômes d’entraîneur de football. Or on jouait sur synthétique et j’avais des entorses à répétition. J’ai alors arrêté ma carrière en 1987. Je suis rentré au Cameroun avec ma famille en 1988, après mon jubilé», confie le natif de Loum dans le Moungo, à 15 kilomètres de Nkongsamba.

Claude Zoundja, ancien camarade de classe au lycée Leclerc, reconverti dans les affaires et prospère, voit grand pour son équipe Diamant de Yaoundé, qu’il confie à Kaham. «En 1989 et 1990 on est arrivé deux fois en finale de la Coupe du Cameroun avec Diamant, qui n’avait que de jeunes enfants, face à Tonnerre qui avait des internationaux comme George Weah».

1990 : NEPOMNIACHI LE DÉMOCRATE

Le Cameroun qualifié pour la Coupe du Monde 1990 d’Italie, Michel Kaham est choisi, au même titre que Jules Nyongha et Jean Manga Onguené, comme l’un des entraîneurs locaux devant constituer le staff technique coiffé par le Soviétique Valeri Nepomniachi : «C’était quelqu’un de très ouvert. On était quatre à faire la liste. Chacun venait avec sa liste mûrement pensée qu’il posait sur la table ; on faisait une sorte de synthèse et il tranchait. Voilà comment on a fait cette Coupe du Monde avec très peu d’erreurs de casting et de choix tactique, parce qu’il y avait une collégialité». Le Cameroun est le premier pays africain à accéder aux quarts de finale d’une coupe de monde.

Quatre ans après cette épopée, Michel Kaham vivra une autre Coupe du monde sur le banc. «En 1994, Jules Nyongha démissionne de son poste et il nous reste trois matchs capitaux. Le ministre Bernard Massoua II met un collège d’entraîneurs : Léonard Nseke, Jean-Pierre Sadi et moi-même. On a perdu au Zimbabwe et il fallait absolument gagner au pays pour nous qualifier. Ce qu’on a brillamment fait. C’est à cette occasion qu’on a donné la première sélection à Marc-Vivien Foé», rappelle-t-il.

1994 : HENRI MICHEL COMME FIGURANT

Pourtant, une zizanie inédite s’empare de cette troisième participation camerounaise à la compétition suprême du ballon rond : «C’était le désordre total. Ceux qui ont qualifié l’équipe comme Pagal, Ndé Denis Chantal, ont été écartés au profit des opportunistes ramassés ici et là. De même, Mfédé et Ndip Akem n’étaient pas retenus par Henri Michel. Au Cameroun, on a fait des montages pour dire qu’il y a des revendications, et on a rappelé les deux et ils ont joué le match d’ouverture. Henri Michel a dit : ‘’OK,  faites votre équipe’’. J’avais déjà dit qu’Henri Michel n’avait rien à voir avec cette débâcle. On lui avait imposé des joueurs. Au retour, il n’est même plus revenu au Cameroun. Il est rentré chez lui, paix à son âme. C’est nous-mêmes qui avons gâté cette équipe. Contrairement à 1990, on  était toujours dans l’avion ici et là, bloqué à Paris sans argent. On avait des joueurs finis, blessés. Les Kana avaient les genoux finis. Une édition de Coupe du monde à mettre dans la poubelle», regrette Kaham.

En 2010, son expertise sera encore sollicitée à la suite de la démission d’Otto Pfister. «On nous a confié l’équipe, Thomas Nkono, Jean-Paul Akono, Ntdoungou Mpilé et moi. Nous faisons match nul au Cameroun contre le Maroc ; et on fait venir Paul Leguen, qui qualifie son équipe».

2010-2014 : QUERELLES D’ÉCLOPÉS

Tenu à l’écart des Lions, Michel Kaham se rend néanmoins à la Coupe du Monde en Afrique du Sd. La Kadji Sport Academy (Ksa) paie son déplacement pour toutes les Coupes du Monde : France 1998, Corée-Japon 2002… «Moi qui suis toujours autour du groupe, je viens à l’hôtel la veille du dernier match. Je vois tout le groupe en décomposition totale. Les joueurs ne se parlent plus. Je m’arrange à discuter avec les uns et les autres. Et quand je partais, ils commençaient à se parler entre eux. Mais, c’était déjà gâté».

Pour Michel Kaham, le syndrome de 2010 a continué jusqu’en 2014 pour la Coupe du Monde au Brésil : «La moitié de l’effectif était des éclopés avec sept joueurs malades : genou, cheville… Vraiment, il fallait mettre tout le monde-là en prison. Chacun allait à la fête, et on a mis son nom. Un joueur qui ne joue pas de match test pour la Coupe du Monde fait quoi sur la liste ?».

Malgré ses récriminations envers les Lions Indomptables sous le capitanat de Samuel Eto’o Fils, Kaham, président de l’Association camerounaise des entraîneurs et éducateurs de football (Aceef), est formel : «Pour moi, Eto’o est la plus grande pioche de ma vie. Je ne peux pas le dire autrement.  J’ai eu la chance de l’avoir pisté pour l’amener à la Ksa».

 

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Texte : Achille Chountsa – Photos : Jean-Pierre Kepseu