Le journaliste John Lyndon a posé ses valises depuis trois ans à la Voix d’Amérique, à Washington. Un véritable défi pour cet ancien candidat à la prêtrise dont le timbre vocal particulier a rapidement fait bon ménage avec le virus du micro.

 

Il vit son rêve américain. Sa chance, celle qui a donné corps à ce rêve, est venue du ciel d’après lui. John Lyndon soutient que la Providence s’est baladée tout le temps à ses côtés. Car, là où des Africains fraîchement débarqués aux Amériques trimeraient à s’insérer, voyant pour certains leurs rêves s’effriter au jour le jour, tout s’est bien passé pour lui.

Quand il commence à égrener les épisodes de cette conquête digne du Far West, l’homme en devient plus que loquace : «Je dis merci à Dieu. J’ai rencontré des gens qui m’ont donné le coup de main nécessaire quand j’en avais vraiment besoin. Des aînés de la profession et d’autres. C’est grâce à tous ces soutiens et à ma persévérance que j’ai réussi à me frayer un chemin ici aux États-Unis. Des personnes plus capées que moi ont été souvent contraintes d’abandonner leurs rêves lorsqu’elles ne trouvaient pas de travail. Ici, on voit des avocats devenir aides-soignants, des professeurs se retrouvent vendeurs dans des MacDo, des journalistes qualifiés deviennent agents de sécurité…»

Voilà dix ans qu’il a pris un aller simple pour le pays de l’oncle Sam en quête d’un meilleur destin professionnel. Avant cela, il a usé sa plume pour le compte de plusieurs titres comme Matalana de Rachid Ndiaye, ICI les Gens du Cameroun de Marie Roger Biloa. Surtout, il a posé son timbre vocal à Africa N°1 Paris, avant d’intégrer le staff Afrique de la Voix d’Amérique (Voice of America – VOA) en 2015, après deux tentatives infructueuses. Depuis lors, l’ancien gars de Yaoundé est devenu employé du gouvernement fédéral américain.

À peine embarqué dans le bateau VOA avec son CV long comme un bras, John se voit très vite confier la présentation de journaux puis d’émissions telles que «L’Amérique et vous». À la télévision il signe plusieurs reportages et présente en alternance avec quelques collègues l’émission «Correspondants VOA», jusqu’en début d’année 2018. Sa carrière connaît un pic soudain au sein du service francophone de VOA avec le lancement de la version télévisée de LMA – «Le Monde Aujourd’hui». Un journal diffusé partout en Afrique, qu’il coprésence avec sa collègue Anasthasie Tuedieshe.

 

DES CONFRÈRES ÉLOGIEUX

Loin de se laisser griser par ses succès, John Lyndon se contente de saluer «la confiance» et «l’encadrement» reçus de ses supérieurs. Sa modestie vacille lorsque sa collègue Anasthasie Tuedieshe parle de lui : «Il est très attentif aux détails, c’est un perfectionniste». Didier Bapidi, journaliste ayant officié à ses côtés au Cameroun, n’hésite pas une seconde : «C’était le meilleur d’entre nous, un authentique passionné de journalisme, un bosseur, humble, capable de détecter le talent des autres sans chercher à leur faire ombrage».

S’il garde toujours une oreille tournée vers le pays, John Lyndon déplore de ne pas avoir une vision palpable de l’actualité du Cameroun, à l’échelle nationale : «Lorsqu’il y a une actualité concernant le Cameroun, je la traite comme je le fais pour tous les autres pays africains. Le Cameroun ne communique pas beaucoup. Mettre la main sur une autorité camerounaise n’est pas aisé. Il est plus facile de parler à un Premier ministre d’un pays africain quelconque que de parler à un directeur général ou à un ministre au Cameroun».

Celui qui a grandi dans une lignée de dix frères et sœurs, a passé une enfance «normale» avant de rejoindre le séminaire. Il voulait devenir prêtre. Mais l’appel du micro sera plus fort. «Ma passion a commencé quand j’étudiais au séminaire Jean XXIII d’Ebolowa, dit-il. Pendant les vacances, j’occupais mon temps en faisant l’animation radio et le journalisme. Vers 1994, j’étais collaborateur extérieur sur la Crtv, chaîne de télévision publique où j’intervenais dans des programmes tels que Télé Jeunes, Crtv Vacances, ou encore Tube Vision».

 

CŒUR DIPLOMATIQUE

Il rebondit à la rédaction de Canal 2 International, première chaîne de télévision privée du pays et y crée Corps diplomatique, une tranche d’antenne qui lui permet d’interviewer la quasi-totalité des chefs de missions diplomatiques accrédités au Cameroun. «Cette émission très suivie m’a ouvert beaucoup de portes et m’a fait voyager dans plusieurs pays», reconnaît
John Lyndon. Il quitte son pays natal en 2006, d’abord pour la France afin d’y suivre des études de journalisme, puis entame un stage dans une radio française. L’insertion est difficile. La chance aidant, l’Amérique lui tend les bras.

Ce jeune quadra par ailleurs cœur à prendre, se présente comme un être très sociable toujours de bonne humeur, et prêt à se laisser séduire par une «bonne femme». On signalera donc aux éventuelles impétrantes que la balle est dans leur camp. Mesdemoiselles, sachez néanmoins que ce grand gaillard au cœur sensible a une peur bleue des avions, en dépit de sa passion pour les voyages. Il ne boit ni ne fume, il a déjà un fils. À vos marques…

 

Texte : Irène Mbezele – Photos : DR / ICI Cameroun