Fêtes de fin d’année voulant, me voici invité à une soirée de mariage dans une enceinte prestigieuse de la capitale. Les époux sont jeunes. Les couleurs officielles de la noce tirent vers un orangé pétillant qui donne envie de faire quelques selfies. Et hop ! Bien entendu, le début des festivités accuse un retard «réglementaire» de trois heures sur le timing indiqué sur les cartons d’invitation.

Mais voilà les mariés qui s’annoncent. L’impresario introduit les garçons et filles d’honneur dans une chorégraphie endiablée. Le groove est explosif (à moins que ce soient les baffles à bout portant) porté par une chanson du Nigérian Davido je crois. Le marié entre sous les ovations des convives. Ça danse toujours très fort. La mariée arrive à son tour sous les youyous, entourée des filles d’honneur. La musique change, cette fois c’est du Fally Ipoupa, un truc chaloupé qui met la salle en fusion.

Tout le monde s’installe. On évacue les mots des chefs de famille, la bénédiction du repas.  Les buffets sont ouverts. La musique devient tamisée : Richard Bona prend les commandes. Enfin un artiste de chez nous ! me dis-je, chauvin. Ses chansons suaves s’harmonisent avec le cliquetis des fourchettes sur les plats en porcelaine. Le DJ de la soirée survole le répertoire du célèbre bassiste de Minta : Scenes From My Life, Reverence, Munia: The Tale, Tiki, Bona Makes You Sweat, The ten shades of blues…

Je ne peux m’empêcher de penser aux positions récentes de Richard Bona, qui reproche à certains Camerounais leur côté jouisseur, les appelant «sardinards». S’il voyait ce qu’on engloutit comme victuailles à ce mariage, avec lui en fond sonore !

Arrive le tour d’honneur. Le DJ met «Je vole» de Michel Sardou, car il a vu des parents sur la piste. Puis, basta ! Les époux ouvrent le bal sur une chanson de Lady Gaga (ou quelqu’un qui hurle comme elle, c’est pareil pour moi). Pour une ouverture de bal, le groove est tonitruant ! Et ce n’est pas fini. La piste se remplit au rythme des airs les uns plus enlevés que les autres, avec un régiment de voix nigérianes, ivoiriennes (oui oui, il y avait DJ Kerosene), congolaises et accessoirement camerounaises (oui oui, il y avait Mister Léo) made in Trace Africa.

Pas de slows, pas de zouk love, rien ! Quant à Richard Bona, j’ai beau attendre une grosse partie de la soirée avant de rentrer, je n’ai plus rien entendu. Pourtant Bona a aussi des chansons qui déménagent, genre Messanga ou même New Bell !

Bref : je quitte cette soirée un peu pensif, me demandant si les jeunes n’aiment plus danser les slows, ce qui expliquerait pourquoi beaucoup croient en l’argent facile (questionnement typique du gars qui a bu un peu de vin)…  Je me promets aussi de creuser le rapport profond qui semble exister entre les musiques de Bona et l’ouverture des buffets.

Puis je m’endors dans la voiture qui me ramène, et je rêve que Lady Gaga, Fally Ipoupa, DJ Kerosene, Mister Léo et Richard Bona ouvrent un resto de sardines quelque part à New Bell.

 

Thierry Minko’o