Oui, il y a un coin de Yaoundé qui s’appelle Carrefour Caca ! Au lieu-dit Acacias, des fosses sceptiques pleines, communiquant avec des habitations souvent élégantes, déversent depuis plus de cinq ans leur coulée de matières nauséeuses sur la chaussée, obligeant les piétons à enjamber le sombre marais putride où nagent  mille et une nationalités d’asticots nerveux.

Les choses du Cameroun vont nous tuer un jour.

Les gars ont fait des vidéos de ce Carrefour qu’ils ont postées sur You Tube, dans l’espoir que la Communauté internationale s’émeuve, éventuellement. Rien ! Il a fallu attendre la nouvelle ministre de l’Habitat et du développement urbain. A peine nommée, Célestine Ketcha Courtès a pris sur elle de vider les  fosses sceptiques à l’aide d’engins hydro cureurs, s’offrant du même coup un bad buzz préliminaire plutôt scato qui a néanmoins poussé riverains et concitoyens à lui faire une standing ovation bien sentie (si j’ose dire).

Mais le coup médiatique de la ministre ne pouvait faire l’économie de répercussions contrastées. Parce que rien chez nous n’échappe à la politique. Pourquoi nettoyer là-bas et maintenant ?  Mme Ketcha Courtès fait de la politique depuis trop longtemps pour ne pas s’être forgée à l’épreuve des boules puantes. Qui plus est: au Carrefour Caca.

Les engins estampillés Mairie de Bagangté, le refus de se rapprocher de la Mairie de Yaoundé VI, l’oubli de la convention Gouvernement-Communauté urbaine de Yaoundé-mairies des sept communes pour améliorer la cohérence des interventions, voilà autant de facteurs rédhibitoires pour la belle initiative de Mme Ketcha Courtès. De la part de quelqu’un qui vient d’assister à son tout premier conseil des ministres où était prônée la solidarité gouvernementale, ce cavalier seul au Carrefour Caca laisse songeur.

Ce n’est pas tout : le cliché de la femme bamiléké dynamique venant faire le travail du maire Yoki Onana de Yaoundé VI ne manquera pas d’empoisonner les esprits après l’année électorale difficile que nous venons de vivre. On n’avait pas besoin d’en rajouter, mais c’est aussi ça la politique. Et les boules puantes…

Enfin, le test du Carrefour Caca préfigure des batailles politiques de nouvelle génération, entre la Décentralisation et le développement local d’une part, et d’autre part l’Habitat et le développement urbain, qui de l’avis de nombreux observateurs n’a jamais su imprimer sa marque depuis qu’il devint le ministère de la Ville en 1997.

Disons-le simplement: si les mairies obtiennent les pouvoirs et ressources souhaitées par les théoriciens de la décentralisation, beaucoup de ministres camerounais verraient leur influence se réduire considérablement ! Ces enjeux hautement politiques n’ont pas échappé à la nouvelle ministre, maire de Bagangté dans la Région de l’Ouest. La suite nous dira si le buzz du Carrefour Caca  s’inscrit dans  un volontarisme opératoire porté par la ministre, ou dans une longue série de résistances systémiques à l’autonomisation des maires.

Mais je parie qu’on y verra plus clair le jour où les fosses sceptiques se rempliront à nouveau dans la zone d’Acacias à Biyem Assi-Yaoundé.

 

Thierry Minko’o

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