A 48 ans, le brillant consultant de football sur les chaînes du groupe Canal+ s’apprête à commenter la prochaine Coupe d’Afrique des Nations en terre égyptienne, le cœur plein de regrets. Henri Patrick «Magic» Mboma Dem se voyait revenir au Cameroun en été pour cette fête du football qui fut finalement retirée (d’aucuns parlent de glissement) par la CAF et son très impopulaire timonier Ahmad Ahmad.

A l’occasion de ce retrait, le double champion d’Afrique et champion olympique avait réagi sur les réseaux sociaux en écrivant le 2 décembre dernier : «Moi qui croyais que le 15 juin 2019 était dans 197 jours : bien plus pour nous, aujourd’hui ! Je me sens abattu, je suis en colère et à la fois…honteux !  Bye bye fête du football. En attendant les incidences sur les plans sportif, financier ou politique…»

Élan patriotique de l’ancien goléador ? Sans doute. Mais Patrick Mboma, du haut de son statut d’ex-icône des pelouses, n’a pas converti l’affection du public en positionnement dans les instances du ballon rond. Une figure quasi-imposée dans le milieu quand on se souvient des Théophile Abega, Roger Milla, Omam Biyick, Michel Kaham, Stephen Tataw et tant d’autres qui une fois les crampons raccrochés ont continué de graviter autour de la nation foot. Pour cette seule raison, le résident parisien reste une énigme quant à la distance qu’il garde avec la tanière des Lions Indomptables du Cameroun.

 

DÉCORÉ MAIS DISTANT

D’ailleurs, on a vu le Français d’origine camerounaise Jean Alain Boumsong  nommé préparateur psychologique de l’équipe nationale fanion, un poste qu’avait déjà occupé Yannick Noah et qui serait allé comme un gant à Mboma. Fait remarquable, Boumsong jouit d’une crédibilité au moins égale à celle de Mboma puisque Boumsong aussi est consultant de football sur les chaînes du groupe Canal+ ! Difficile de croire que l’ancien numéro 11 des Lions Indomptables n’a pas été sur les petits papiers des autorités camerounaises, sachant que le président Paul Biya l’a décoré à plusieurs reprises.

A bien y regarder, les choses ont dû se compliquer dès 2003. Cette année-là, il refuse de participer à la Coupe des Confédérations. Une manière de se «sacrifier» pour dénoncer les méthodes de gestion des Lions Indomptables, qu’il trouve approximatives. Il indiquera aux journalistes que «de nombreux intermédiaires interviennent dans la sélection des joueurs et il arrive que des noms, pourtant donnés par le sélectionneur, soient changés».

En 2005, alors qu’il venait d’officialiser la fin de sa carrière, un décret l’avait nommé médiateur de l’équipe nationale. Il ne sut jamais s’imposer, nous confia-t-il en 2012, parce que les choses n’étaient pas faites dans les règles de l’art.

 

SES IDÉES N’ONT PAS ÉTÉ ECOUTEES

Cinq ans plus loin, après le naufrage de la Coupe du monde sud-africaine, il fut invité par le ministre des Sports et de l’Éducation physique de l’époque à faire des propositions pour sortir de l’ornière la gestion du football camerounais. De sa plus belle plume, il s’était couché sur un mémo plutôt ambitieux qui a fini sa course au fond d’un tiroir.

En ce temps-là, en 2010 précisément, Mboma pouvait encore répondre en interview, disant : «Je serai toujours à la disposition du football camerounais. Si, aujourd’hui, on me trouve un poste qui me permettrait de donner un coup de main à notre football, eh bien, c’est logiquement que je viendrai. Je courrais même pour prendre ce poste».

En 2012, alors qu’il organisait l’un des plus beaux jubilés jamais offerts au public sportif de son pays, la position du héros semblait avoir évolué. Mboma-le-gentleman laissait poindre un brin d’amertume : «Je suis prêt à tout laisser tomber pour mon pays, je le dis depuis dix ans. Mais je me retrouve avec une situation qui n’évolue pas, que je ne comprends pas et qui me frustre quand même».

 

«ON N’A QU’A APPELER MON FRÈRE»

Sélectionneur ? «Pour le moment je n’envisage pas de faire une formation de coach, avait-il riposté en frôlant la monture de ses lunettes. On n’a qu’à appeler mon frère, c’est son métier».

Team manager des Lions comme Rigobert Song Bahanag le fut à une époque ? «On s’est parlé et j’étais le premier à le soutenir».  On avait donc posé la question : Que peut faire Mboma pour le Cameroun ? Il avait répondu : «Je suis un homme occupé, je ne peux pas me concentrer sur du vent».

Ce «vent» représentait-il l’affaire Hope Finances ? Car devenu agent sportif, un temps impliqué dans les activités de la Fecafoot, Mboma s’était lancé dans les affaires via la société de finances Hope Finance. L’aventure s’était terminée devant les tribunaux, puisque l’entreprise avait fait banqueroute.

 

«JE N’AI PAS EU DE CHANCE»

Dans l’ensemble, l’ex-buteur de Parme a-t-il fait une fixette sur la dureté du pays où naquit son père Martin Gilmar Mboma lui-même ex-gardien de but à Caïman de Douala ?

«J’ai fait plusieurs constructions et aucune ne s’est bien achevée ; j’ai investi dans une entreprise avec un Camerounais et puis il s’en est allé. J’ai essayé de m’installer au Cameroun, mais je pense que je n’ai pas eu de chance», nous avait dit le Ballon d’Or africain de l’année 2000 marquée par son but sur retourné acrobatique au Stade de France.

Patrick Mboma aura joué en club 235 matches pour 97 buts. En sélection, il a marqué à 33 reprises sur 57 apparitions. Reste à savoir s’il finira par se rapprocher à nouveau de la tanière des Lions. Pour le moment, rien n’est moins sûr.

 

Texte : Thierry Minko’o – Photo Giovani – ICI Cameroun

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