Célestine Ketcha Courtès a été nommée ministre de l’Habitat et du Développement Urbain le 4 janvier dernier, portant à onze le nombre de femmes dans l’équipe gouvernementale du Cameroun. Mais elle était déjà connue depuis le 31 juillet 2007, comme la plus jeune femme maire du Cameroun et la première de Bagangté, ville de la province de l’Ouest située à 300 Km de Yaoundé.

 

Très vite entrée en politique et alors qu’elle est encore élève en classe de terminale au lycée de Manengouba de Nkongsamba, Célestine Ketcha est élue vice-présidente de l’Organisation des Jeunes du parti (OJRDPC) dans le Moungo. Nous sommes en 1986. En 1990, elle rentre dans son Ndé natal. En militante discrète mais efficace, elle anime aux côtés de sa mère Wamen Ketcha Pauline, militante des premières heures, la sous-section RDPC de Banekouane.

Lors de la présidentielle de 2002, bien que ne faisant pas partie de l’état-major de campagne du RDPC, elle mène une campagne de proximité en marge des campagnes officielles dans les quartiers Banekouane, Baboumba et Banenga, tous en passe de basculer dans l’opposition.

Avant le double scrutin législatif et municipal du 22 juillet 2007, les autorités traditionnelles et les populations sont venues lui demander d’être tête de liste du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) pour les municipales. «Il y avait le feu dans la demeure, avec un  grand risque que l’opposition prenne la commune de Bagangté et même les sièges de députés», nous expliquera-t-elle. Cette confiance des populations était le résultat des actions mais surtout des victoires qu’elle a remportées par le passé.

«Nous n’avons pas mis d’argent en jeu. Nous avons fait valoir nos arguments à travers une campagne de porte-à-porte sans faire de promesses fallacieuses». Depuis le 31 juillet 2007, madame le maire de Bagangté et ses quatre adjoints ont hérité d’une ville dont les challenges étaient alors de résorber le chômage des jeunes, faciliter l’accès à l’eau potable dans les campagnes, assurer le désenclavement des zones agricoles, multiplier la construction des écoles et des centres de santé. A Bagangté, ville désignée plus tard la plus propre de la Région de l’Ouest, l’assainissement de la voirie aura été l’affaire de tous.

 

UNE ORPHELINE A NKONGSAMBA

Née à Maroua dans un foyer polygamique (son père Étienne Ketcha est né prince de la chefferie de Bagangté et devint commandant de corps urbain – aujourd’hui appelé commissaire de police), la jeune Célestine fait ses études primaires et une partie du secondaire dans différentes villes du Cameroun au gré des affectations de son géniteur. Mais celui-ci décède en 1979. Malgré ce coup dur, elle persévère dans ses études et décroche son probatoire en 1985.

L’année d’après, suit le baccalauréat A4 allemand avec mention Bien au lycée Manengouba de Nkongsamba. A chaque fois, elle est major dans son sous-centre d’examen. Tentée par la gestion, elle s’envole pour Paris, précisément à l’Institut International Maxim’s, pour y suivre des études de marketing appliqué à l’hôtellerie.

Mais Célestine ne trouve pas de repères dans son nouvel environnement. «À 8 h du matin, quand je me levais pour aller à l’école, il faisait encore nuit. Et quand je parlais, la « fumée » sortait de ma bouche». Parallèlement à ses études, elle débute une carrière de mannequin Freelance.

Face à la rudesse du climat, la froideur des petits blancs  mais aussi pour des raisons de cœur, Célestine décide rentrer au Cameroun, abandonnant ses études et sa carrière de mannequin. Installée à Douala, elle prépare un brevet de technicien supérieur (BTS) option Techniques commerciales. En juillet 1988, elle sort major de sa promotion avec mention Excellent et est admise sur titre à l’école supérieure des sciences  économiques et commerciales (ESSEC) de Douala où elle prépare un diplôme d’études approfondies de commerce. A nouveau, elle est major de sa promotion avec mention Très Bien.

 

GOLFEUSE ET REINE-MÈRE

Ses études terminées, elle est recrutée comme cadre commercial à la Cimenterie du Cameroun (Cimencam). Les études de marché conçues par la jeune recrue amènent le directeur général à ouvrir cinq dépôts frontaliers à Kentzou, Abang-Minko’o, Kye-Ossi, Touboro et Mbaïmboum. En janvier 1992, elle est promue chef de service marketing et de des relations publiques. C’est à ce titre qu’elle inscrit dans son plan marketing le sponsoring des tournois de golf à travers le Cameroun.

De sponsor, elle passe rapidement à joueuse de golf.  La même année elle est élue au bureau national de la Fédération camerounaise de tennis où elle assure les fonctions de trésorière. En 1996, le chef supérieur Bagangté, Sa Majesté Nji Moluh Seydou Pokam, dans son pouvoir discrétionnaire, lui attribue le titre de Mafeu (reine mère) ou conseillère du chef. Auréolée de ses nouveaux attributs traditionnels, Célestine Ketcha retrouve ses fonctions à Douala.

Lors d’un tournoi de golf à Tiko sponsorisé par sa société, elle fait la connaissance de Jean Pierre Courtès, un expatrié de nationalité française. Les deux personnes, en instance de divorce dans leurs foyers respectifs, se prennent d’affection l’une pour l’autre. En août 1997, Célestine est promue chef du service commercial de la Cimencam avec pour lieu d’affectation Figuil dans la province du Nord. Cette affectation, du fait de la distance, ralentit l’élan de sa nouvelle romance avec Jean Pierre resté à Douala. Mais six mois après son arrivée à Figuil, Célestine Ketcha quitte Cimencam non sans avoir brillamment rempli sa mission.

 

PILOTE A ABIDJAN

Plus que jamais résolue à vivre pleinement son amour, Célestine va suivre son compagnon à Abidjan pour des raisons professionnelles. Place aux divertissements après l’épuisant boulot abattu à Figuil.

En plus du shopping, elle fait quelques tours en avion à l’aéro-club de la ville et décide se mettre à l’école du pilotage. Afin de décrocher son parchemin, elle effectue seule et avec succès, dans un alpha jet monomoteur, un vol direct entre deux aérodromes et un vol triangulaire entre trois aérodromes. Elle devient ainsi la première Africaine à passer sa licence de pilote privé en Côte d’Ivoire. Actuellement, elle compte plus de cent heures de vol. En 1999, le couple regagne le Cameroun.

En 2002, après 5 ans de concubinage, leurs divorces respectifs Célestine et Jean Pierre décident de s’unir pour le meilleur et le pire. Les mariages traditionnel et civil se déroulent à Bagangté. Ils sont aujourd’hui les heureux parents de deux filles : Isabelle et Céline.

 

BUSINESS WOMAN

En avril 2005, Célestine crée, en partenariat avec des actionnaires Sud-africains, la Queen Fish Company, spécialisée dans l’exportation et la distribution du poisson congelé. Avec le départ des Sud-africains de la société, la patronne s’associe à des Indiens qui seront des partenaires irréprochables jusqu’à ce qu’elle délègue la signature peu avant le tourbillon de la campagne  électorale. Mais profitant de son absence, ils vont transférer des fonds de l’entreprise dans leur pays. Mise au parfum de  cette supercherie,  elle intente un procès en justice contre ses partenaires d’hier. En outre, les Courtès possèdent une exploitation agricole de plusieurs hectares à Sanki, village situé à 15 km de Bagangté.

Présidente depuis 2015 du Réseau des Femmes Leaders du Cameroun (REFELA- réunissant Maires, Sénateurs, Parlementaires, ONG, opérateurs économiques, Ministres), celle que d’aucuns ont baptisée «la nouvelle Foning» s’est activement impliquée dans la campagne électorale d’octobre 2018 pour la réélection de Paul Biya.

 

Texte: Emmanuel Atenga – Photo: Jean Pierre Kepseu / ICI Cameroun