«Tikaya» est un court métrage coup-de-poing de Max Ngassa qui raconte l’histoire des femmes violées et mutilées par des orpailleurs d’un autre genre dans le Nord-Kivu (Congo). Le réalisateur nous a confié quelques secrets de tournage.

 

C’est un travail remarquable, dont les scènes ont été tournées à Douala et Yaoundé au Cameroun et en RDC, lieu d’inspiration du film. A chaque destination, le scénariste et réalisateur a choisi une zone marécageuse pour suffisamment refléter la réalité. A Douala, particulièrement, il garde des souvenirs divers.

«Nous y sommes arrivés en saison des pluies, raconte-t-il. Nous avons d’abord été bloqués cinq jours à l’hôtel sans tourner. Puis on s’est dit qu’il faut faire quelque chose. Donc nous avons travaillé avec tout le matériel couvert car il pleuvait toutes les dix minutes. Mais d’un autre côté, la lumière naturelle qui s’offrait à nous était un avantage. Plus besoin d’adoucir la lumière, elle était déjà tamisée».

Finalement, le tournage s’y fera pendant quatre jours. «Ce n’était pas comme je voulais. J’ai dû le monter de manière à ce que ça tienne la route».

Max Ngassa (photo ci-dessous) qui est parti du Cameroun depuis plusieurs années, redécouvre également des susceptibilités, surtout dans son équipe. «Les camerounais sont des gens bien, mais opérationnels un laps de temps. Quand ça s’éternise, vous vous rapprochez certes, mais ils vous montrent leur vraie nature en faisant du chantage».

ACTEURS LOCAUX

Pendant la production, quinze personnes constituent l’équipe d’astreinte. Même s’il aurait pu en trouver en France où il réside actuellement, Max a choisi une ressource humaine africaine. Les acteurs sont camerounais et les doublures sont congolaises. Fabiola Simo qui tient le rôle de Tikaya, l’actrice principale, partage l’affiche avec Richard Gami Astoigue, Joseph Mouetcho, Douala Toto, etc.

Pour l’utilisation de ses appareils de grande qualité, il a souvent fallu mettre à niveau les techniciens locaux. «Je suis venu avec des appareils de 25.000 € voire 30.000€ et j’en suis sorti avec des appareils cassés, se désole le réalisateur. Ça m’a permis de savoir qui peut faire quoi». Pour le reste, Estelle Biiga, son directeur de production y veille.

Pour Max Ngassa, Tikaya est avant tout un film test. Il n’est pas encore accessible au grand public. En attendant le long métrage qui en découle, il est essentiellement «destiné aux festivals».

Aussi, depuis sa sortie, le film a-t-il déjà été programmé à huit festivals, dont les éditions 2018 de  Cannes, Mis me Binga (le festival international de films de femmes) et Écrans Noirs. Pour l’instant, le réalisateur essuie des critiques mitigées. L’omniprésence d’une musique jugée trop forte agace certains. Tandis que pour d’autres, il y a un manque de véritables dialogues pour structurer l’histoire.

Max avoue qu’il n’en est pas offusqué. «Si tout est parfait, ça passe inaperçu ! admet-il, je voulais surtout savoir si je peux travailler avec des techniciens locaux et aussi annoncer mes couleurs sans bousculer les codes. Je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup de choses qui ne vont pas. Les acteurs sont bons dans la gestuelle. Mais quand vous leur demandez d’y associer le dialogue, c’est la catastrophe. Ils ne savent pas faire court et ça va dans tous les sens».

 

DES VIOLS POUR DE L’OR

«Il ne faut pas oublier que le cinéma consiste à raconter une histoire et chacun peut raconter la même histoire à sa façon», exprime Max Ngassa.

Pour son premier projet cinématographique, le scénariste réalisateur a voulu raconter l’histoire dramatique d’une majorité de femmes congolaises de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). C’est une zone réputée pour les conflits armés, les exactions, les violences sexuelles, les mouvements de réfugiés, qui y ont cours depuis les années 2000.

Pourtant, bien avant, la région a vécu de beaux jours grâce aux gisements d’or dont est béni son sous-sol. Les femmes de tous âges, principales ouvrières des lieux ont pris pour habitudes d’en emporter de petits colis qu’elles cachent dans leur organe génital. Les orpailleurs le savent, les groupes armés aussi, malheureusement ! Selon des rapports de plusieurs ONG sur place, depuis le début de la rébellion dans cette zone, des femmes dès 13 ans y sont régulièrement violées, d’autres même mutilées par des orpailleurs vaginaux sans foi ni loi.

 

VENGEANCE… OU PAS

Dans son film, Max Ngassa met en scène la vengeance de Tikaya, une victime de ces violences. Avec l’aide de ses frères, elle a pu identifier et capturer le coupable. Mais au moment de lui rendre la monnaie de sa pièce, la jeune fille fond en larmes. Sa mère venue en renfort n’y parvient pas non plus. Est-ce le benjamin de la famille, à peine adolescent, qui vient d’entrer dans cette cabane macabre avec une arme, qui porte le coup fatal ? Le film finit par des coups de feu dans le noir.

C’est une interpellation sur ces cycles de violence dont on ne connait pas la fin. «Ce que je veux montrer, affirme le réalisateur, c’est l’Afrique violée par un étranger. On voit bien que même nos dirigeants sont pris en otage. Et on se demande qui finira par libérer ce continent».

En attendant la suite annoncée, Max Ngassa se félicite humblement. Cette première production a été financée sur fonds propres. «Les subventions et les financements sont particulièrement difficiles à obtenir en Afrique Centrale», regrette-t-il.

Après plusieurs années comme pionnier des médias en ligne au Gabon, avec gaboneco.com, Max Ngassa, s’est formé, s’est mis au tournage de vidéo-clips (Charlotte Dipanda, Fally Ipupa, Kareyce Fotso) et s’investit désormais dans le 7ème art.

 

Texte : Djeny Ngound – ICI Cameroun